Élections, piège à cons ???
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Élections, piège à cons ???

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 3 minutes

À chaque échéance électorale, nous nous posons la question de l’état de nos démocraties, dans un contexte de dégradation constante de l’image de nos classes politiques et d’une désaffection accentuée de l’acte même de voter.

Un malentendu

Ce slogan lié aux évènements de mai 1968 et théorisé par Jean Paul Sartre dans un article publié en 1973 dans la revue Les temps modernes semble aujourd’hui complètement désuet.

Dans son œuvre majeure De la démocratie en Amérique paru en 1835, Alexis de Tocqueville prévenait déjà : « ceux qui regardent le vote universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète ». Avant d’ajouter : « Le vote universel a d’autres avantages, mais non celui-là ».

Une définition

Plongeons d’abord dans l’histoire du mot avec l’ouvrage Démocratie : Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France, du chercheur et professeur québécois Francis Dupuis-Déri, publié aux Éditions Lux en 2013.

L’auteur prend pour point de départ la définition étymologique la plus ancienne du terme : c’est-à-dire le pouvoir au peuple.

Il montre qu’au XVIIIe siècle, démocratie et représentation étaient deux notions séparées, qui finirons par fusionner dans la seconde moitié du XIXe siècle avec l’avènement du suffrage universel réservé aux hommes.

Il nous rappelle également que les Révolutions françaises et américaines qui sont, dans notre inconscient collectif, sensées avoir fondées les démocraties modernes, ont à la fois rejetées la monarchie et la démocratie.

Ce constat est aujourd’hui conforté par deux phénomènes : la participation effective des citoyens est extrêmement limitée et l’idée de délégation de pouvoir poussée jusqu’à l’extrême.

Un système à bout de souffle

Pour équilibrer le propos d’un Francis Dupuis-Deri qui lorgne vers l’anarchisme, allons maintenant questionner le politologue allemand naturalisé américain Yascha Mounk.

Celui-ci se définit comme passionnément libéral. Dans son premier essai : Le Peuple contre la démocratie paru aux Éditions de l’Observatoire en 2018, il analyse la montée des nationalismes et du populisme dans le monde, qu’il explique notamment par un retranchement constant des médias de masse, contrebalancé par une montée inexorable d’Internet et des réseaux sociaux.

Avec son dernier ouvrage : La Grande Expérience. Les démocraties à l’épreuve de la diversité publié aux Éditions de l’Observatoire en 2022, il avance également des solutions pour redonner du souffle à nos démocraties. Il propose concrètement la construction de démocraties multiculturelles, multiethniques, multiconfessionnelles avec comme ciment ; un outil qu’il nomme patriotisme inclusif, capable de générer une solidarité significative entre les membres de différents groupes, par l’attrait de leurs idéaux civiques et l’amour de leur culture populaire.

On pourrait, pour le coup, traiter Yascha Mounk de passionnément optimiste, mais au vu de l’état actuel de nos démocraties, que risquons-nous à tenter La grande expérience ?

Une forme de nihilisme

Pour terminer, citons les propos de Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et auteur de : Les raisons de la défiance  paru aux Éditions Presses de Sciences Po en 2022 qui affirme que la défiance vis-à-vis du politique est une spécificité française, qu’elle est liée à un ressort fondamental qui se nomme l’anomie ; c’est-à-dire le fait de perdre ses repères sociaux et de ne se sentir appartenir à aucune communauté quelle qu’elle soit.

Le problème ici est que la violence, contre soi-même ou contre les autres, se nourrit de l’anomie et qu’elle n’est plus ni partisane, ni militante, mais interindividuelle car le représentant de l’ordre, de l’état ou des institutions est considéré comme un individu comme un autre.

Les administrés, de leur côté, ont développés une culture consumériste qui a transformé leur rapport à la politique en pur rapport d’intérêt privé.

De plus, l’affaiblissement du clivage gauche droite au sein de la classe politique, alors qu’il reste prégnant dans l’électorat, provoque un déphasage entre l’offre politique et la demande.

À méditer, car toutes ces réflexions qui semblent, en apparence, purement théoriques, pourraient à l’issue du prochain scrutin, prendre une dimension politique et sociale très concrète.

Rosa Tandjaoui.

Notre note
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Démocratie : histoire d’un malentendu

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