Exposition Abd el-Kader à Marseille.
Billetterie Lire Ibn Arabi

Exposition Abd el-Kader à Marseille.

Marseille

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Chef de guerre, homme d’État, guide spirituel, écrivain et poète ; cette exposition d’Abd el-Kader, le fondateur du premier état algérien moderne, a lieu au Mucem de Marseille du 6 avril au 22 août 2022.

Un destin

Abd el-Kader est né en 1808 (ou 1807) à El Guetna, près de Mascara.

Il est issu d’une famille de l’aristocratie religieuse descendante du prophète. Il s’apparentée à l’importante tribu des Hachems : une tribu makhzen qui collectait les impôts pour les beys ; l’Algérie étant alors sous domination ottomane.

Il apprend, dès son plus jeune âge, à lire et écrire, à réciter le Coran dans sa totalité. Puis il entame des études de philosophie, d’astronomie et de géographie.

C’est également un cavalier émérite qui maitrise à la perfection le maniement des armes.

À 17 ans, il effectue le pèlerinage de la Mecque en compagnie de son père. C’est un voyage de deux mois qui se prolonge ensuite en Orient, entre Alexandrie, Le Caire, Damas et Bagdad. Il y redécouvre le soufisme en visitant le tombeau d’Ibn Arabi. Il s’ influencera par les réformes politiques de Méhémet Ali, pour revenir en 1829 en Algérie.

Un chef de guerre

Bataille de Sidi-Brahim, huile sur toile 2004, Hocine Ziani

Lorsque les troupes françaises débarquent à Sidi Ferruch le 14 juin 1830, le bey d’Alger capitule ; faisant de la ville une possession française.

Le bey d’Oran y pense également, mais renonce face à la volonté d’en découdre des tribus de l’ouest.

Par la suite, elles se réunissent le 22 novembre 1832 et nomment Abd el-Kader, Âmir al-Muminin (émir des croyants), son père s’étant désisté, car se considérant trop vieux.

Il combattra, quinze ans durant, le colonisateur français. Il tentera de rassembler les tribus arabes, posant les fondations d’un état moderne avec un drapeau, une monnaie et une armée régulière.

L’exil

Abd-EL-Kader devant Napoleon-III.- Ange Tissier chateau d’Amboise, 16 octobre 1852.

N’ayant pas réussi à obtenir le soutien des tribus de l’Est et ayant perdu le soutien du royaume marocain ; sa rébellion vient à s’essouffler et il est contraint de se rendre le 21 décembre 1847 : « Lorsque Dieu m’a ordonné de me lever, je me suis levé, et j’ai frappé la foudre autant que j’ai pu ; lorsqu’il m’a ordonné de cesser, j’ai cessé, obéissant aux ordres du Très-Haut. C’est alors que j’ai abandonné le pouvoir et me suis rendu à vous. »

S’étant maintenant détourné de la voie des armes ; il se consacrera désormais et exclusivement à la théologie et la philosophie : « Comme vous avez pu le discerner dans le miroir de notre conversation, je n’étais pas né pour être un guerrier… je ne cesse de prier Dieu de me laisser revenir vers ma vocation. »

Détenu à Toulon, puis à Pau, il sera transféré au château d’Amboise en novembre 1848.

Face à la pression exercée par un certain nombre de personnalités, dont Émile de Girardin, Victor Hugo, Émile Ollivier et Lord Londonderry ; Louis-Napoléon Bonaparte le libère le 16 octobre 1852, avec une pension annuelle de 100 000 francs et le serment de ne plus jamais fomenter de troubles en Algérie.

Il s’installe d’abord à Bursa en Turquie, puis à Damas en Syrie, en 1855.

Un juste

Jean-Baptist Huysmans, tableau d’une représentation de l’émir Abd el kader, protégeant les chrétiens à Damas en 1860

Lors des massacres antichrétiens de 1860, il organise le sauvetage de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ; accueillant les rescapés dans sa maison et celles de ses voisins.

Un survivant en fait le récit au journal, Le Siècle du 2 août 1869 : « Nous étions consternés, nous étions tous convaincus que notre dernière heure était arrivée […]. Dans cette attente de la mort, dans ces moments d’angoisse indescriptibles, le ciel nous a envoyé un sauveur ! Abd el-Kader est apparu, entouré de ses Algériens, une quarantaine d’entre eux. Il était à cheval et sans armoiries : sa belle figure calme et imposante contrastait étrangement avec le bruit et le désordre qui régnaient partout. »

Dernières années

Le 18 juin 1864, il est initié à la franc-maçonnerie par la loge Les pyramides d’Égypte d’Alexandrie, par délégation de la Loge parisienne Henri IV.

En 1865, il se rend à Paris, invité par Napoléon III. Il est alors accueilli comme un homme d’État.

Le 17 novembre 1869, Il participe à l’inauguration du canal de Suez, grâce à ses liens avec le vice-roi d’Égypte, Ismaïl Pacha.

En 1871, lors de la révolte de Mokrani en Algérie, il renie un de ses fils qui a participé aux troubles.

Il meurt à Damas le 26 mai 1883. Il est enterré auprès du grand soufi Ibn Arabi.

En 1966, ses restes sont transférés de Syrie vers l’Algérie. Aujourd’hui, il repose au cimetière d’El Alia, à Alger.

Une exposition :

Exposition « Abd el Kader » au Muceum de Marseille

Réunissant près de 250 œuvres et documents issus de collections publiques et privées, cette exposition retrace le parcours Abd el-kader, un personnage complexe, aux multiples facettes, d’une grande érudition ; alliant clairvoyance politique et tolérance religieuse.

Un homme qui ne s’est jamais détourné de sa foi : « La religion est unique. Si les musulmans et les chrétiens me prêtaient l’oreille, je ferais cesser leurs divergences et ils deviendraient frères à l’intérieur et à l’extérieur… »

Rosa Tandjaoui.

Notre note
Abd el Kader livre couverture catalogue exposition mucem 2022 exposition-Abd-el-Kader-par-JBA-Tissier-1852-portrait-peinture emir_Abd_el_Kader_portrait_photo_exposition Abd el Kader portrait peinture exposition Abd el Kader portrait photo exposition exposition_Vue_de_la_place_de_l'Émir_Abd_el_Kader_Alger_(30_décembre_2013)

Abd el-Kader – L’émission ! Mucem

Commentaires

0

Ajouter un commentaire

Fermer le menu
Contribuez à CulturAdvisor Nous écrire
CulturAdvisor