Buddy Bolden : la légende du jazz (2/2)
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Buddy Bolden : la légende du jazz (2/2)

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Celui dont Louis Armstrong racontait qu’il était mort à force de souffler trop fort dans son cornet, est aujourd’hui considéré comme le premier musicien de jazz, alors qu’aucun enregistrement n’est parvenu jusqu’à nous.

La naissance d’une légende

C’est dans cet univers interlope qu’évoluera Buddy Bolden, barbier de profession, d’abord cornettiste de l’orchestre de Billy Peton, avant de se faire remarquer, dès 1895, avec son propre orchestre le Bolden Orchestra que l’on considèrera comme la première véritable formation qui improvisera sa musique.

Ces musiciens sont le plus souvent autodidactes, ils ne lisent pas la musique et Buddy n’échappe pas à la règle.

N’ayant jamais enregistré sa musique, il ne nous reste que les témoignages des musiciens qui l’ont côtoyé, pour tenter de l’expliquer.

C’est probablement, de cette tradition orale que nait la légende de Buddy Bolden ; racontée par des musiciens tels que : King Oliver et Bunk Johnson, puis prolongée, ensuite, par l’un de leurs plus illustres élèves : un certain Louis Armstrong. Le critique de Jazz, Leonard Feather, le confirme dans son Encyclopédie du Jazz : « Comme sa carrière a précédé l’avènement de l’industrie musicale, il ne reste de lui que la légende. »

Les déclarations du clarinettiste et chef d’orchestre Alphonse Picou, en sont une parfaite illustration : « C’était le musicien le plus puissant qui ait jamais existé, parce que vous pouviez entendre le cornet de Buddy aussi fort que ce que Louis Armstrong jouait avec un micro. »

Jelly Roll Morton fait de même : « Buddy était un garçon à la peau marron clair du quartier Uptown. Il buvait tout le whisky qu’il pouvait trouver, ne portait jamais de col, ni de cravate, avait sa chemise ouverte pour que toutes les filles puissent admirer son maillot de corps en flanelle rouge et était toujours en train de s’amuser – Buddy Bolden était le trompettiste le plus puissant de l’histoire. »

Dans une moindre mesure, celles du tromboniste Kid Ory, également : « Les premiers musiciens que j’ai entendus sont Buddy Bolden et Edward Clem, un cornettiste borgne. J’eus l’occasion de parler une fois à Bolden. J’étais allé voir une de mes sœurs à La Nouvelle-Orléans. Je revenais du magasin où j’avais acheté un trombone et j’étais en train de l’essayer. Buddy, qui m’avait entendu de la rue, frappa à la porte. J’allais ouvrir, et il me dit qu’il avait justement besoin d’un tromboniste. Ma sœur refusa, prétextant que j’étais trop jeune. Buddy Bolden, ça sonnait bien pour l’époque, même si harmoniquement ça laissait à désirer. Toutefois, il ne faut pas oublier que c’est lui qui a commencé. »

De plus en plus appréciés, Bolden et son orchestre écument les fameuses parades de la ville, ainsi que ses plus grandes salles : le Perseverance Hall, le Massonic Hall, le Jackson Hall ou encore le Union Sons.

À cela, va s’ajouter une réputation sulfureuse, représentée par son titre le plus célèbre Funky Butt, qui fait apparaitre pour la première fois le terme Funk dans la musique populaire, et fait référence à l’odeur de transpiration des danseurs.

Funky Butt choquera la bonne société néo-orléanaise par son langage populaire et son contenu explicite, au point qu’en siffler l’air en public était considéré comme extrêmement vulgaire.

La popularité de Bolden reste incontestée à La Nouvelle-Orléans jusqu’au milieu de la première décennie du 20e siècle, lorsque sa santé commence à se détériorer.

En 1906, en plus d’une consommation excessive d’alcool, il commence à se plaindre de maux de tête intenses, au point de ne plus pouvoir jouer de son instrument.

En avril de l’année suivante, diagnostiqué schizophrène, il est interné dans un hôpital psychiatrique, à Jackson ; dans lequel il décèdera le 4 novembre 1931.

À ce propos, le journaliste Joachim-Ernst Berendt, dans Le grand livre du Jazz, compare Bolden au peintre Vincent Van Gogh et assure qu’il a consulté les 40 documents constituant le dossier de l’hôpital psychiatrique dans lequel il était interné, mais qu’il n’y a trouvé aucune mention du fait qu’il était musicien.

La syncope ou l’art de swinguer

Dans un article, paru dans le New York Times, en 1927, le chef d’orchestre Paul Whiteman se posait la question : « Qu’est-ce que le Jazz ? Est-ce un art, une maladie, une attitude ou une danse ?

Il ne s’agit pas ici de questionner le rapport entre le Jazz et la folie, en tant que pathologie, mais, plutôt, d’interroger la pertinence de nos conceptions de la norme et la liberté que nous nous octroyons de la transgresser.

Déjà, dans la philosophie grecque classique, on distinguait une folie mauvaise et une bonne qui pouvait être créatrice. Délirer c’était donc, au sens étymologique de delirare, sortir du sillon.

Les principales caractéristiques du Jazz : l’improvisation et la syncope, par rapport aux canons de la musique, dite classique, en sont le parfait exemple.

Pour le trompettiste Wynton Marsalis, Buddy Bolden est l’inventeur de ce qu’il appelle : le Big Four, qui consiste à articuler le deuxième des quatre temps d’une marche, où le tom et la cymbale sont joués ensemble.

Par articuler, Marsalis entend : introduire une syncope. Et cette syncope va permettre à l’instrument qui joue le thème ou la mélodie, de se libérer du carcan des quatre temps stricts de la marche, pour changer de phrasé, improviser et swinguer.

Et même si la musique classique occidentale ne laisse aujourd’hui, que peu, ou pas de place à l’improvisation, rappelons-nous qu’au 17e siècle, Jean-Sébastien Bach était considéré comme un improvisateur hors pair et qu’à la même époque, était utilisée l’instruction musicale Alla Zoppa (littéralement à la boiteuse), qui indiquait un mouvement contraint, asymétrique, bancal et syncopant entre deux temps, donnant aux notes une marche inégale et comme boiteuse.

Au-delà de la légende

La légende de Buddy Bolden lui a, non seulement, survécu, mais ne cesse de croitre.

Tremolo d’Ernest Borneman, publié en 1948, fait référence à Buddy Bolden puisque le chien de Mike Sommerville, clarinettiste et personnage principal du roman, porte son nom.

En 1976, Michael Ondaatje publie Le Blues de Buddy Bolden (Paru en France aux éditions Points Seuil en 1991, puis réédité en 1999 aux éditions de l’olivier), un roman qui entremêle fiction et réalité, décrivant la lente descente aux enfers, à partir de 1907, d’un Buddy Bolden sombrant peu à peu dans la folie.

En 1978, paraît la biographie de Donald M. Marquis, Buddy Bolden, le premier musicien de jazz aux éditions Denoël (Rééditée en 1989 toujours aux éditions Denoël).

En 2001, paraît Courir après le diable de David Fulmer (Paru en France aux éditions Rivages en 2010), roman policier dont l’action se situe dans le quartier de Storyville, où sont commis une série de meurtres de prostituées, dont Buddy Bolden est soupçonné d’être l’auteur.

Enfin en 2019, parait le film autobiographique Bolden, réalisé par Dan Pritzker, avec Gary Carr et dont la musique sera composée et interprétée par Wynton Marsalis.

Hakim Aoudia.

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