Orsay : la gare dans le musée.
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Orsay : la gare dans le musée.

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 6 minutes

Voici l’histoire passionnante de cette gare qui faillit être détruite dans les années 1960 pour y construire un hôtel de luxe, avant de devenir, par volonté politique, l’un des plus exceptionnels musées parisiens.

Une ironie de l’histoire

En 1971, le journaliste Jacques Sallebert, en direct sur l’ORTF, interpellait ainsi le Commissaire Général au Tourisme, Jean-Pierre Dannaud : « Il y a à peu près dix ans, que l’on entend dire que la gare d’Orsay doit être transformée en hôtel. Et, il y a à peu près dix ans, que l’on a déposé je ne sais combien de plans, qui pour des raisons diverses, de la SNCF, à la Ville de Paris, etc., n’ont jamais pu aboutir. Finalement, la gare d’Orsay ne sert toujours à rien. »

Quelle ironie de l’Histoire, de voir que ce lieu, aujourd’hui plébiscité (3.650.000 visiteurs en 2019 et élu en 2018, meilleur musée du monde par la communauté du site Tripadvisor, détrônant le MOMA de New York, après trois années successives de règne et reléguant le Louvre à la septième place), a failli être détruit au début des années 1970.

Une histoire tumultueuse

Son histoire mouvementé et passionnante, commence au dix-huitième siècle.

Il y a d’abord un terrain vague et un port à bois, la Grenouillère, face aux Tuileries.

En 1810, l’emplacement de l’actuel Musée d’Orsay est occupé par une Caserne de Cavalerie et le Palais d’Orsay, dont la construction par Jacques Lacornée sera achevée en 1838.

Pendant la Commune de Paris, de 1871, le quartier est entièrement incendié.

Seront ainsi livrés aux flammes ; planchers, toitures, la bibliothèque du Palais d’Orsay, de nombreux tableaux dont « Justinien composant les Institutes » d’Eugène Delacroix, ainsi que les fresques de Théodore Chassériau peintes dans le grand escalier.

Emile Zola le décrira de manière saisissante dans « La débâcle » : « l’incendie immense, le plus énorme, le plus effroyable, le cube de pierre géant, aux deux étages de portiques, vomissant des flammes. Les quatre bâtiments, qui entouraient la grande cour intérieure, avaient pris feu à la fois ; et, là, le pétrole, versé à pleines tonnes dans les quatre escaliers, aux quatre angles, avait ruisselé, roulant le long des marches des torrents de l’enfer. »

Pendant une trentaine d’années, les ruines du Palais d’Orsay, témoignent de la violence du mouvement insurrectionnel, mais finissent par devenir une curiosité parisienne, le peintre Georges Rouard, en réalisera quelques peintures en 1888, que l’on peut admirer aujourd’hui au Musée Carnavalet à Paris.

On envisagera sa restauration, sa destruction pour construire un lycée, puis un musée des arts décoratifs pour lequel le sculpteur Auguste Rodin recevra même la commande de « La Porte de l’Enfer », que l’on peut admirer aujourd’hui au Musée Rodin à Paris (le plâtre étant quant à lui visible au Musée d’Orsay).

Une gare

En 1897, La Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans obtient l’autorisation d’édifier, sur les ruines du Palais d’Orsay, une nouvelle gare, moins excentrée que celle d’Austerlitz.

Les travaux commencent en 1898, à la veille de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris, et sont confiés à l’architecte Victor Laloux, qui terminait au même moment pour la Compagnie la gare de Tours, dont l’intégration de l’édifice dans la ville avait été une réussite (Il s’inspirera des constructions proches, et notamment des guichets du Louvre de Hector-Martin Lefuel dont il reprend la forme pour les sept grandes arcades de la façade sur Seine).

Le chantier s’achève en moins de deux ans, une prouesse pour l’époque : la gare et l’hôtel attenant, sont inaugurés le 14 juillet 1900.

Elle représente un parfait exemple des paradoxes de l’architecture du début du vingtième siècle : monumentale et audacieuse, par sa gigantesque structure, mais engoncée par des ornements et une décoration excessive, sensés cacher l’ossature de l’œuvre.

De plus, quelle était l’utilité d’un hall sous la nef de 32 m de haut, 40 m de large et 138 m de long, pour une gare accueillant exclusivement des trains électrifiés, impliquant l’absence de fumée et de vapeur.

Il s’agit, néanmoins, de la première gare moderne parisienne, bénéficiant des toutes dernières innovations techniques : plans-inclinés, monte-charge pour les bagages et ascenseurs pour les voyageurs.

Elle inspire, dès son ouverture, au peintre Edouard Detaille, cette phrase prophétique : « La gare est superbe et a l’air d’un Palais des Beaux-Arts… » (Il ne se serait certainement pas imaginé à l’époque, que son tableau emblématique, « Le Rêve », peint en 1888, serait conservé au Musée d’Orsay).

Un lent déclin

Avec l’évolution des techniques et des mœurs ; l’automobile et le métro remplaçant peu à peu le fiacre et l’évolution urbaine de Paris ; la gare d’Austerlitz devenant moins excentrée, la gare d’Orsay, malgré sa modernité, est très vite dépassée : la longueur de ses quais n’étant plus adaptée aux nouveaux convois.

Elle voit, ainsi, son activité limitée aux trains de banlieue, dès 1939.

À la fin de la seconde guerre mondiale, elle sera successivement utilisée comme centre d’expédition de colis aux prisonniers de guerre, puis comme centre d’accueil des prisonniers de guerre et des survivants des camps de concentration revenant d’Allemagne.

On y stockera ensuite les bulletins de vote pour le référendum constitutionnel de 1946.

En 1958, le trafic voyageur y est totalement arrêté et le général de Gaulle, la choisira pour annoncer son retour en politique, le 19 mai.

En 1962, la gare désaffectée servira de cadre au chef d’œuvre d’Orson Welles, « Le procès », adaptation du roman de Franz Kafka, avec Anthony Perkins, Romy Schneider et Jeanne Moreau, entre autres.

Certaines scènes du « conformiste » en 1969 et du « Le Dernier Tango à Paris » en 1972 de Bernardo Bertolucci, y seront également tournées.

Dès la fin des années 50, on se demande que faire de cette immense coquille vide ?

En 1954 l’abbé Pierre installe ses chiffonniers dans la nef et prononce ses discours dans l’hôtel.

Il est envisagé de construire à la place de la gare des bureaux pour la Caisse des dépôts, un centre administratif d’Air France ou un grand hôtel moderne.

Elle accueillera un stand de tir, un parking, la Compagnie Renaud-Barrault y dressera son chapiteau (ce fut la naissance du Théâtre d’Orsay), tandis que les commissaires-priseurs, délaissant un temps l’Hôtel Drouot pendant sa rénovation y donnent leurs enchères, entre 1976 et 1980).

Une décision politique

En 1970, l’autorisation de démolir la gare et l’hôtel est accordée et l’accord préalable au permis de construire délivrée, pour construire un nouvel hôtel conforme aux besoins contemporains. La gare bénéficiera d’un renouveau d’intérêt pour l’architecture du XIXe siècle, probablement ranimé par la démolition imminente des pavillons Baltard des Halles et conduira Jacques Duhamel, Ministre des Affaires culturelles à refuser le permis de construire.

En 1972, l’idée fut proposée par Jean Chatelain, directeur des Musées de France, à qui les conservateurs du Louvre avaient fait valoir que, faute de pouvoir récupérer pour le musée les espaces occupés par le ministère des Finances, la gare et l’hôtel d’Orsay pourraient accueillir les abondantes collections de peinture, de sculpture et d’arts décoratifs de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe, le Centre Beaubourg, alors en construction, étant destiné à la période postérieure à 1905.

Le Président Georges Pompidou accueillant l’idée de la construction d’un musée avec grand intérêt, la Gare d’Orsay fut inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, le 8 mars 1973.

La décision officielle de construction du musée d’Orsay fut prise en conseil interministériel le 20 octobre 1977, à l’initiative du Président Valéry Giscard d’Estaing et en 1978, les bâtiments furent classés monuments historiques et l’établissement public du musée d’Orsay fut créé pour diriger la construction et la mise en œuvre du projet.

Un premier concours confiera la transformation de la gare en musée au cabinet ACT Architecture (Renaud Bardon, Pierre Colboc et Jean-Paul Philippon) fin 1979.

Une seconde consultation lancée en 1980, désignera la célèbre architecte italienne Gae Aulenti pour l’aménagement intérieur. Elle imaginera les deux tours qui fermeront l’allée centrale ; une architecture assez forte pour s’imposer dans l’immense volume de la nef : « Le Musée d’Orsay à Paris est une aventure qui dura sept ans. Concours après concours, nous avons gagné le dernier. Comment transformer cette vieille gare d’Orsay en musée ? Comment transformer des voyageurs en visiteurs de musée ? On a intégré la nouvelle architecture à l’ancienne. Deux époques, qui gardent leur personnalité en se croisant constamment. »

Le 1er décembre 1986, le Président de la République, François Mitterrand, inaugura le nouveau musée qui ouvrait ses portes au public le 9 décembre suivant.

Des collections exceptionnelles

Elles regroupent près de 150 000 œuvres du monde entier : peintures, sculptures, objets d’art, photographies, dessins et se concentre sur une période bien particulière : le milieu du XIXe siècle et le début du XXe siècle ; plus particulièrement le mouvement impressionniste.

Voici quelques-uns des trésors que vous pourrez admirer au musée d’Orsay : Le Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet, le Portrait de l’artiste de Vincent Van Gogh, Le Bal du moulin de la Galette d’Auguste Renoir, Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte, L’Origine du Monde de Gustave Courbet, Dante et Virgile de William Bouguereau, Des glaneuses de Jean-François Millet ou La Gare Saint-Lazare de Claude Monet.

À visiter en famille

Profitez d’une agréable visite en famille au musée d’Orsay grâce aux différents services, ressources, activités proposés et à la programmation dédiée : des visites guidées, des ateliers, Musiques et M’Omes, une programmation de spectacles musicaux et les Week-end familles, organisés deux fois par an.

Rosa Tandjaoui.

Notre note
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Le musée d’Orsay vu par Jean-Philippe Delhomme

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