Niki de Saint Phalle à Toulouse !
Billetterie Niki de Saint Phalle Jean Tinguely

Niki de Saint Phalle à Toulouse !

Toulouse

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Artiste autodidacte aux multiples facettes, les œuvres engagées et féministes de Niki de Saint Phalle marquent notre inconscient collectif. Le musée Les Abattoirs de Toulouse lui consacre une exposition dédiée aux années 1980-1990, jusqu’au 5 mars 2023. 

Un lourd secret 

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, dites Niki de Saint Phalle, est née le 29 octobre 1930 à Neuilly-sur-Seine. Sa mère, Jeanne-Jacqueline Harper, était américaine, et son père, André Marie Fal de Saint Phalle, français. 

Elle est d’abord confiée, pendant près de trois ans, à ses grands-parents installés dans la Nièvre. Elle rejoint ensuite ses parents à New York. 

Ainsi, elle subit une éducation stricte et autoritaire : « Dans notre maison, la morale était partout : écrasante comme une canicule. » 

De plus, son enfance est marquée par un évènement traumatique. Il s’agit d’un viol commis par son père, à l’âge de 11 ans ; qu’elle finira par révéler en 1994, dans son livre Mon Secret

Une petite carrière de mannequin

Niki de Saint Phalle en couverture du magazine Vogue, 1952. Crédit photo.

En 1948, à peine âgée de 17 ans, elle est repérée par une agence de mannequins : « Un jour, je suis allée à un bal. Là, j’ai rencontré un homme qui possédait une agence de mannequins. Il m’a demandé si ça me plairait de devenir mannequin. J’ai dit oui. » 

Ainsi, elle travaille pour des magazines de mode de renom, tels que Vogue, Life ou Elle jusqu’à ses 25 ans. 

Entre-temps, elle épouse l’écrivain et musicien américain, Harry Mattews, un ami d’enfance, avec lequel elle aura deux enfants. 

L’art comme thérapie 

En 1953, elle sombre dans une grave dépression. Elle est internée dans un hôpital psychiatrique de Nice et y reçoit des électrochocs qui altèrent à jamais sa mémoire.

Paradoxalement, c’est à cette époque qu’elle découvre la pratique artistique, qui devient pour elle une véritable thérapie : « J’ai commencé à peindre chez les fous… J’y ai découvert l’univers sombre de la folie et sa guérison, j’y ai appris à traduire en peinture mes sentiments, les peurs, la violence, l’espoir et la joie. » 

Une artiste qui ose 

Peintre, sculptrice, graveuse, plasticienne et réalisatrice, Niki de Saint Phalle se fait connaitre en bousculant les codes de la création artistique. 

En 1960, Harry et Niki se séparent à l’amiable, alors qu’elle vient de rencontrer Jean Tinguely (qu’elle épousera en 1971). C’est à cette époque qu’elle commence à travailler sur des performances surnommées Les Tirs. Le procédé consiste à tirer à la carabine sur des poches de peinture, disposées sur des panneaux de plâtre. Ces Tirs lui apportent une reconnaissance internationale. Par ailleurs, elle parle de cette période comme un moment lui ayant permis d’exorciser sa propre violence.

La consécration 

Au milieu des années 1960, Niki de Saint Phalle commence à travailler sur les rôles et représentations des femmes dans la société. Elle prend pour modèle son amie Clarice Rivers alors enceinte. Ainsi, elle crée les Nanas, ces sculptures colorées aux formes généreusement arrondies. Ses Nanas affichent une féminité éclatante et libre : « Après les Tirs, la colère était partie, mais restait la souffrance ; puis la souffrance est partie et je me suis retrouvée dans l’atelier à faire des créatures joyeuses à la gloire de la femme. » Ajoutons que c’est à ces symboles féminins faits d’une armature métallique, enrobés de polyester, de papier mâché et de résine qu’elle doit sa célébrité. 

En 1966, elle va encore plus loin et réalise une Nana colossale pour le Moderna Museet de Stockholm. Cette dernière est couchée sur le dos, jambes écartées, genoux levés et vagin offert comme entrée au public. De plus, cette sculpture gigantesque mesure 28 m de long, 9 m de large et 6 m de haut. L’intérieur se visite comme une maison, dont les pièces sont décorées de mécanismes et assemblages de Jean Tinguely et Per Olof Ultvedt. Malheureusement, cette sculpture sera détruite après l’exposition.

Désormais reconnue du grand public, elle participe à de nombreuses expositions et croule sous les commandes. 

Ainsi, elle réalise Le Paradis Fantastique à Montréal, Le Jardin des Tarots en Toscane, Le Golem à Jérusalem, Les Trois Nanas à Hanovre, La Fontaine Stravinsky à Paris, L’Ange Protecteur pour la gare de Zurich ou Les Black Heroes à Washington. 

Une artiste engagée 

Niki de Saint Phalle ne cessera de se battre contre le système patriarcal, la domination masculine et pour l’émancipation de femmes. De plus, elle embrassera les grandes causes de son temps. Ainsi, elle dénoncera les violences faites aux Noirs et luttera en faveur des droits civiques aux États-Unis. Sans oublier son engagement auprès de l’association AIDES pour combattre le virus du SIDA

Elle décède le 21 mai 2002 à San Diego, d’une longue maladie. 

Exposition Les années 1980 et 1990 : l’art en liberté 

Seconde exposition d’envergure après la rétrospective du Grand Palais en 2014, Niki de Saint Phalle. Les années 1980 et 1990 : l’art en liberté aux Abattoirs de Toulouse présente près de 200 œuvres de l’artiste.  

Nanas, monstres colorés, sculptures de mosaïques, vêtements, livres, bijoux, parfums, vidéos, etc., cette exposition démarre en 1978, lorsque l’artiste commence à travailler sur Le Jardin des Tarots en Italie, et se termine en 2002 au moment de son décès.  

L’occasion de (re)découvrir l’œuvre singulière, radicale et engagée de celle qui fut l’une des premières artistes femmes à acquérir la célébrité de son vivant. 

Rosa Tandjaoui. 

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Tout un art – Niki de Saint Phalle

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