Marcel Proust à la BNF et Illiers-Combray !
BNF Maison de Tante Léonie Catalogue de l'exposition Marcel Proust

Marcel Proust à la BNF et Illiers-Combray !

Paris

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

Alors qu’À la recherche du temps perdu traîne sa réputation de livre impossible à finir, Marcel Proust ne cesse de nous fasciner et demeure pour beaucoup d’entre nous un mystère d’érudition. À l’occasion des célébrations du centenaire de sa mort, posons-nous la question de sa modernité, de son influence sur notre culture populaire et profitons-en pour visiter l’exposition Marcel Proust, La Fabrique de l’Œuvre à la BNF du 11 octobre 2022 au 22 janvier 2023. Nous vous rappelons également l’ouverture du musée éphémère Marcel Proust dans la villa Chapet, en plein centre-ville d’Illiers-Combray, en attendant la fin des travaux effectués sur La Maison de Tante Léonie et sa réouverture en juin 2023.

Un environnement familial cultivé et aisé

Marcel Proust nait le 10 juillet 1871 à Paris, dans une famille de la grande bourgeoisie. 

Sa mère, Jeanne Clémence Weil Proust, est issue d’une grande famille juive originaire d’Allemagne. Ainsi, son arrière-grand-oncle par alliance n’est autre que l’ancien ministre Adolphe Crémieux. 

Son père, le Dr Adrien Proust, est quant à lui est issue d’une riche famille de commerçants d’Illiers Combray, en Eure et Loire. De plus, il est professeur à la Faculté de médecine de Paris.

Une santé délicate

Dès sa naissance, Marcel Proust est un nourrisson à la santé fragile, à tel point que son père doute qu’il ne puisse survivre. Ainsi, il passe la majeure partie de son enfance malade, alité ou allongé ; le plus souvent atteint d’asthme. De plus, chaque printemps, avec la libération des pollens, il souffre de régulières crises d’asthme, dont l’une d’elles manque de le tuer à l’âge de 9 ans.

Robert et Marcel Proust (1876). Crédit photo.

Dès lors, l’on comprend aisément l’attachement réciproque qui se crée entre sa mère et lui.

La madeleine de Proust

À partir de 1877 et âgé de 6 ans, Marcel Proust vient passer de régulières vacances à Illiers-Combray. Il séjourne dans la maison familiale de ses oncle et tante paternels et c’est là qu’il construit déjà son personnage de tante Léonie, inspirée de sa tante Élisabeth Proust, sœur aînée de son père.

La maison de la Tante Léonie à Illiers-Combray en Eure-et-Loir • © Jean-Marc Pommé / Fondation du patrimoine.

En effet, cette dernière avait pour habitude de lui offrir une madeleine « après l’avoir trempée dans son infusion de thé ou de tilleul ». Ainsi, bien des années plus tard, il fera renaitre ce rituel de son enfance dans son œuvre À la recherche du temps perdu.

Bien plus tard, on apprendra qu’il s’agissait, en fait, d’un simple pain grillé, qui deviendra une biscotte, jusqu’à ce que, en 1909, Marcel Proust la transforme en une Petite Madeleine.

Une vie de salons

Marcel Proust était le fils de sa mère et cet état de fait se caractérisait par une constante et mutuelle incompréhension avec son père Adrien.

Ressentant néanmoins une affection filiale pour son fils, le professeur Proust subviendra toujours et sans limites aux besoins de son fils.

Ainsi, très jeune, ce dernier fréquente les salons bourgeois et aristocratiques de la comtesse Potocka ou de la marquise de Clermont-Tonnerre et y rencontre artistes et écrivains. Il se forge, dès lors, une solide réputation de dilettante mondain.

Marcel Proust. Crédit photo.

Néanmoins, il entreprend, en 1895, l’écriture d’un roman qu’il ne terminera jamais et qui sera publié à titre posthume en 1952, sous le titre de Jean Santeuil.

Rattraper le temps perdu

La mort de son père en 1903, et plus encore celle de sa mère en 1905, poussent Marcel Proust dans ses derniers retranchements : « Je suis tellement incapable de vivre sans elle, si vulnérable dans tous les sens. »

Ainsi, dès 1906, il quitte l’appartement familial et s’installe au 102 boulevard Haussmann, dans un immeuble qui avait autrefois appartenu à son grand-oncle maternel, Louis Weil.

Dès lors, il vit en reclus et s’attèle à l’écriture d’À la recherche du temps perdu.

Marcel Proust, «À la recherche du temps perdu», manuscrit autographe. Soixante-deux cahiers de brouillons comportant des ébauches des différentes parties de la «Recherche» à divers stades de leur rédaction – Copyright BnF, département des Manuscrits.

Ce véritable chef-d’œuvre n’est, en définitive, qu’une tentative de retrouver un paradis de l’enfance fantasmé et idéalisé, dont la mort de sa mère l’a éloigné. Aussi, par l’écriture, Marcel Proust tente de le recréer, de lui donner une forme et de le figer dans le temps, au travers de ce formidable réceptacle qu’est le roman.

Finalement, il termine les 7 tomes de son grand œuvre et meurt le 18 novembre 1922 à Paris, épuisé par une bronchite mal soignée.

À lui seul, toute la littérature

La grande force de l’œuvre de Marcel Proust réside dans le fait qu’elle réalise une parfaite synthèse de la modernité naissante du début du XXe siècle, avec celle finissante du classicisme de la fin du XIXe siècle.

Mais il ne s’agit pas seulement de littérature. Il avait des goûts musicaux éclectiques : Fauré, Debussy, Beethoven, Wagner, Schubert, Chopin, mais aussi Harry Fragson, Yvette Guilbert et Félix Mayol. De plus, il assista aux premières du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky et de Parade d’Erik Satie, qui firent scandale à l’époque. De la même manière, il appréciait la peinture impressionniste, pourtant décriée à l’époque.

Enfin, en homme de son temps, il était féru de nouvelles innovations : l’automobile, l’aviation, la télégraphie sans fil, s’abonnant même au théâtrophone pour écouter les opéras à distance.

Deux expositions

L‘exposition Marcel Proust, La fabrique de l’œuvre à la BNF propose une véritable exploration d’À la recherche du temps perdu. Toutes les étapes de la construction de ce monument de la littérature française et mondiale sont présentées à travers près de 370 documents, manuscrits, tableaux, photographies, objets et costumes.

D’un autre côté et attendant l’ouverture prochaine, en juin 2023, de la maison de tante Léonie, la ville d’Illiers-Combray, à 1h30 de Paris, propose en plein centre-ville, dans la villa Chapet, un musée Marcel Proust éphémère. L’on retrouve ainsi des manuscrits de l’auteur, des photographies de Paul Nadar, des œuvres d’art inspirées et toute une série d’objets personnels provenant de cette maison où il passa ses vacances étant enfant.

Rosa Tandjaoui.

Notre note
vers 1896 robert de flers Jeanne Proust et ses fils Marcel et Robert, © BnF Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, placard manuscrit (1914-1919). Lot vendu 111 000 €. - Photo Sotheby's marcel proust a la recherche du temps perdu quarto gallimard

« À la recherche du temps perdu », le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre ?

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