Plus Belle La Vie s’arrête et c’est triste !
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Plus Belle La Vie s’arrête et c’est triste !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

Le feuilleton phare de France 3, diffusé à 20h20 du lundi au vendredi sans arrêt depuis le 30 août 2004 a cessé depuis le vendredi 18 novembre 2022. Suivie par des millions de téléspectateurs, cette série a pourtant souvent été moquée, dénigrée, voire complètement ignorée par les médias et critiques culturels. C’était quoi Plus Belle La Vie ? Pourquoi elle a été tant aimée ? Et pourquoi c’est triste qu’elle s’arrête ?

Présentation

L’aventure commence donc le 30 août 2004, à 20h20, sur France 3, avec la famille Marci et son patriarche Roland, sur la place du Mistral, à Marseille. Cette place créée de toute pièce dans les studios de la Belle de mai est toutefois typique des vieux quartiers populaires de la ville. Sur cette place donnent les fenêtres des habitant-e-s du quartier, mais surtout Le Mistral, bistrot tenu par Roland Marci, et Le Sélect (qui deviendra le Céleste puis le Zéphyr, l’hôtel tenu par Mirta Torres. Voilà pour le décor.

Synopsis

Pour le synopsis, on reprendra les mots de Laurent Kérusoré, qui a incarné Thomas – fils de Roland – pendant 18 ans : « C’était la France en plus petit. Mais la grande France, la vraie, la France populaire. » Le feuilleton suit les personnages, leurs familles et leurs histoires, grandes ou petites : le quotidien du Mistral, c’est un portrait de la vie des Français-es. Le commissariat du Mistral a vite fait son entrée pour intégrer dans les scénarios des intrigues policières qui ont assuré le succès de la série.

Un petit monde parallèle au nôtre

Ce que Plus Belle La Vie a eu de révolutionnaire, c’est de prendre des protagonistes à l’image de ses téléspectateur-ice-s. Le patron de bistrot, la gérante d’hôtel, l’institutrice, le médecin, l’homme d’affaires, le policier… Comme des Playmobil qui vivraient dans ce petit monde parallèle et similaire au nôtre. Ce sont surtout toutes les classes sociales qui sont représentées, toutes les générations, une grande variété de métiers, des centaines de personnalités et une presque exhaustivité des épreuves qui font les parcours de vie. Rien d’étonnant alors à ce que son public s’y soit tant attaché : il voyait son reflet à travers ses personnages préférés.

Un modèle de représentation

Peu de programmes peuvent se vanter d’avoir rassemblé un public aussi large pendant aussi longtemps. Le secret est peut-être seulement de comprendre le pouvoir de la représentation : parfois tout ce qu’on veut, c’est voir son reflet en fiction, pour prendre exemple, pour prendre appui, ou tout simplement pour se sentir reconnu-e.

À la bonne heure

Ce pouvoir de la fiction a été amplifié par l’heure de diffusion de la série : 20h20, entre le JT et le Prime Time. Or, le format du feuilleton est fait pour coller au plus près du réel : la date de diffusion d’un épisode correspond à la date dans l’épisode. Ce qui veut dire aussi que le monde de Plus Belle La Vie est traversé par la même actualité que le nôtre. C’est « l’autre JT », la fiction qui illustre l’actualité, qui aide parfois à mieux comprendre, qui permet aussi la discussion. C’est là aussi l’intelligence de Plus Belle La Vie : utiliser la force de la fiction, qui se révèle extrêmement utile pour apaiser le débat sur les questions les plus complexes.

À regarder en famille

D’autant que l’on regarde souvent le programme en famille, à l’heure du repas. Et si on peut avoir tendance à facilement se disputer à propos d’un sujet du Journal télévisé, on évitera sûrement de monter au conflit à propos de Plus Belle La Vie, qui reste un feuilleton léger et malgré tout un divertissement.

Aborder le quotidien

Quand on « avoue » regarder Plus Belle La Vie, on voit souvent les personnes autour de nous pouffer. Elles sont passées parfois devant, quand leur grand-mère regardait, écoutant distraitement des acteur-ice-s pas toujours doué-e-s échanger des ragots sur l’ouverture d’un nouveau salon de beauté sur la place du Mistral, ou sur l’aventure extraconjugale de leur voisin. Oui, Plus Belle La Vie est un divertissement qui fait un portrait du quotidien, même justement dans ce qu’il a de plus banal.

Et des sujets plus délicats

Mais c’est aussi une chronique sociale, qui n’hésite pas à creuser. Sans être partisane, la série peint la réalité du service public : la police, l’hôpital, l’Éducation nationale… Cependant, quand on parle de l’aspect politique de Plus Belle La Vie, c’est surtout pour rappeler qu’elle est pionnière dans la représentation des personnages LGBTI à la télévision française :

  • Premier baiser homosexuel
  • Premier mariage homosexuel
  • Premier acteur transgenre

Le feuilleton a également pris part au débat sur la question des mères porteuses ou encore de l’euthanasie, des sujets de société particulièrement tabous.

Une certaine tristesse

Alors évidemment, quand on commence à prendre en compte également cet aspect de Plus Belle La Vie, qu’on accepte de voir que ce n’est pas parce qu’une série est populaire et divertissante qu’elle n’est pas intéressante ; on comprend mieux ce que perd la télévision française. Ce qu’il faut surtout comprendre, c’est la place émotionnelle que le feuilleton a réussi à prendre dans la vie de millions de personnes durant ses 18 années de diffusion. Chaque soir de la semaine, le public partageait des morceaux de vie de ses personnages préférés, voyait les enfants et les adolescents grandir, les couples se former ou se briser, des vies se finir.

La vie continue !

Je vais m’adresser à vous directement : si vous lisez cet article, c’est parce que je tenais à l’écrire. Mes parents et moi avons commencé à suivre Plus Belle La Vie en 2004 ou 2005, quelques mois après le début, et nous n’avons jamais arrêté de regarder. J’ai donc grandi avec Plus Belle La Vie. J’ai pleuré la mort de certains personnages, j’ai compris des choses sur moi grâce à d’autres. Ce monde et le mien sont étroitement liés, alors je peux vous écrire sans honte que cette fin de série me brise le cœur. Il y avait quelque chose d’éternel dans ces 20-25 minutes par jour, comme la certitude immuable que, quoi qu’il arrive, la vie continue.

Une histoire de familles, de communautés

Plus Belle La Vie c’est donc : des familles françaises qui regardent les péripéties quotidiennes de familles fictives. C’est aussi des équipes qui se voient comme une grande famille. C’est une communauté familiale formée par les équipes qui la font et le public qui la regarde. Bon.

Une filiation

Mais c’est aussi la mère d’autres feuilletons du même genre : Demain nous appartient sur TF1, Un si grand soleil sur France 2. Peut-être alors n’est-on pas totalement orphelin-e de ce très important élément de la culture populaire qui s’éteint. Pas tout à fait, mais Plus Belle La Vie ne saurait être remplacée si facilement. Ces séries ont un côté trop contemporain, trop lisse. Elles n’ont pas ce charme ancien et artisanal du feuilleton mistralien, ni sûrement l’éclat de la nouveauté. Mais elles ont au moins la même utilité, que nous vous avons déjà décrite.

Plus Belle La Vie est mère, mais de qui est-elle l’héritière ?

Un héritage

Ce modèle de l’univers fictionnel persistant n’est pas nouveau. C’est La Comédie Humaine d’Honoré de Balzac ou Les Rougon-Macquart d’Émile Zola. Nous avons des familles centrales, des personnages qui interviennent dans la vie ou l’intrigue les un-e-s des autres, que l’on rencontre d’une histoire à l’autre. Mais aussi une volonté de peindre le portrait d’une société, une curiosité pour différents milieux sociaux, un intérêt pour les classes populaires. N’oublions pas surtout que ces œuvres paraissaient dans les journaux sous forme de feuilletons légers parmi les pages plus « sérieuses ».

Au-delà de la série

Plus Belle La Vie ne s’est évidemment pas arrêtée à la série en elle-même. Il y a bien évidemment des DVD, des CD, mais aussi des romans, des bandes dessinées, un jeu de société, des jeux vidéos. Internet a même connu entre 2008 et 2013 Plus belle la life, un monde virtuel dans le style « Habbo Hotel » où l’on pouvait évoluer dans le monde de la série.

Parmi les générations de jeunes acteurs incarnant les adolescents lycéens de la série, une en particulier s’est démarquée : jouant un groupe d’ami-e-s en fiction, iels l’étaient aussi dans la vie, affichant fièrement leurs liens sur Instagram.

À suivre

Aujourd’hui, le bruit court que des acteur-ice-s de la série souhaiteraient créer ensemble une websérie pour continuer l’aventure. Nous suivrons cela de près ! 

En attendant, j’écrirai à nouveau et souvent sur ce feuilleton qui a marqué ma vie. Certaines intrigues, certains personnages méritent qu’on y revienne et s’y attarde. Et vous, que pensez-vous de Plus Belle La Vie ?

Lou Gasparini.

Notre note
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Plus belle la vie Prime – La dernière séquence au Mistral

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