Zineb Sedira fait rimer art et mémoire !
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Zineb Sedira fait rimer art et mémoire !

Venise

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

L’artiste française d’origine algérienne Zineb Sedira est la locataire du pavillon français pour la 59e Biennale d’Art contemporain de Venise. “Dreams have no titles” ? Ça se discute. En tout cas, on apprend avec elle que le cinéma pourrait s’intituler mémoire.

Dans cette série d’articles intitulée France algérienne, nous valoriserons l’importante part algérienne du patrimoine culturel français. Nous nous attarderons sur des artistes, des œuvres, des personnalités, des éléments culturels qui relient la France et l’Algérie. Sans rien nier de l’histoire complexe et douloureuse des relations franco-algériennes, il s’agira au contraire de mettre en avant ce que l’art et la culture française doivent à l’Algérie.

Qui est Zineb Sedira ?

Elle naît en 1963 à Gennevilliers, où ses parents sont venus vivre quand ils ont quitté l’Algérie en 1961. Dès le début, sa vie est donc marquée par l’histoire commune de la France et l’Algérie. Elle s’intéresse très jeune à la pratique artistique et ses thèmes lui viennent aussi naturellement : la colonisation, l’immigration, la mémoire, les questions postcoloniales seront son matériau. Après avoir grandi et fréquenté à Paris les milieux artistiques, elle part à Londres poursuivre ses études d’art. Depuis, elle partage sa vie entre la capitale britannique, Paris et Alger.

Transmissions

Le travail de Zineb Sedira marque par sa capacité à créer et réinventer des ponts et des espaces de transmission. Définitivement contemporaine par son art engagé, résolument moderne par les moyens qu’elle utilise pour créer ; Zineb Sedira se fait aussi la voix du passé, en participant activement au travail de mémoire. Elle transmet les voix, les destins et l’Histoire d’un peuple à un autre, d’une génération à une autre. En effet, elle est connue notamment pour son œuvre Mother Tongue réalisée en 2002 pour le musée de l’Immigration. Il s’agit d’un triptyque vidéo où trois générations de femmes se parlent : sa mère (en arabe), elle-même (en français), sa fille (en anglais). Que perd-on, que transmet-on, de génération en génération, de langue en langue, de culture en culture ? C’est peut-être pour ça que Zineb Sedira choisit la photo et la vidéo : elles permettent de garder les traces fiables d’une tradition orale dont elle hérite et d’une société mouvante qu’elle participe à créer.

Zineb Sedira, Mother Tongue 2002. Copyright Tate UK.

Une grande exposition solo lui est consacrée au Jeu de Paume entre octobre 2019 et janvier 2020. Les œuvres qu’elle y a présentées nous montrent encore une fois la force de l’archive, de l’Histoire, des histoires. Mais surtout l’importance de la (RE)connaissance du passé pour comprendre le présent et espérer un meilleur avenir.

Aria

En 2011, Zineb Sedira fonde aria (Artist residency in Algiers), un programme de résidence d’artistes à Alger. Elle raconte que depuis les années 1990 (appelées la décennie noire), l’Algérie n’était plus une destination artistique prisée comme elle avait pu l’être. Elle dit, dans un entretien pour l’Institut français : “Au milieu des années 2000, j’avais accès à un appartement dans le centre d’Alger et, au fil du temps, beaucoup d’amis et de collègues artistes ou chercheurs sont venus y séjourner. Bon nombre d’entre eux étaient intéressés par la question postcoloniale, mais restaient inquiets à l’idée de voyager là-bas. (…) À chaque fois que j’allais à Alger, je leur proposais de venir, cela a commencé de manière totalement informelle. Sur place, ils rencontraient de jeunes artistes locaux, qui sortaient des Beaux-Arts, mais n’avaient pas de visa et ne pouvaient pas voyager. En 2011, j’ai formalisé cette idée et monté aria afin que les artistes viennent faire des recherches et développer des projets, tout en réalisant des échanges avec des artistes locaux.

Biennale de Venise

En 2020, elle est sélectionnée pour représenter la France à la 59e Biennale d’Art Contemporain de Venise, qui devait se dérouler en 2021. Retardée à cause de la crise sanitaire, la Biennale accueille finalement Zineb Sedira aux Giardini en 2022.

Zineb Sedira bat pavillon français à la Biennale d’art de Venise.

La Biennale de Venise est chargée d’enjeux politiques et géopolitiques. Ce choix de locataire pour le Pavillon français ne fait pas exception : on commémorait en 2021 les 60 ans du tragique 17 octobre 1961 ; en 2022 ce sont les 60 ans du cessez-le-feu en Algérie. La présence de Zineb Sedira rend honneur à ces dates anniversaires. Et nous sommes donc particulièrement fier-e-s de la mention spéciale qu’elle a reçue de la part du jury de la Biennale !

Dreams have no titles

Les rêves n’ont pas de titres”, c’est le film très créatif et plein d’humour que Zineb Sedira a réalisé pour cette exposition. Il comprend : des archives, des discussions, des reconstitutions de scènes de film —notamment Le Bal d’Ettore Scola —, son propre making of et de la danse. L’exposition qui en découle est une installation immersive : on voyage à travers le making of, en quelque sorte. On y retrouve les décors : le bar, son salon, le salon de ses parents, les bobines venues des archives de la cinémathèque d’Alger, la maquette de l’exposition elle-même…

Si on veut réellement définir ce travail, il faut dire qu’il s’agit d’une déclaration d’amour au cinéma. Plus particulièrement au cinéma des années 1960 et 1970 et aux co-productions Italo-Franco-Algériennes. Quoi de plus symbolique que de parler de mémoire à travers le cinéma à Venise, ville de la Mostra ?

Zineb Sedira, Les rêves n’ont pas de titre à la Biennale d’Art Contemporain de Venise. Crédit photo.

De cette collaboration artistique grandiose avec sa famille et ses ami-e-s, ne naît pas seulement cette exposition éphémère. Trois journaux inspirés des revues maghrébines des années 1970 comme Les 2 écrans ou Souffle sont réunis en un coffret, dépoussiérant l’image de l’éternel catalogue. Un premier numéro rouge pour Alger, un deuxième vert pour Paris et un troisième bleu pour Venise, on retrace un pan de l’Histoire commune des trois pays. Il s’agit surtout d’informer sur l’histoire de la colonisation et de l’immigration qui a marqué l’Algérie ; et de faire valoir l’importance du travail de mémoire, pour lequel est remerciée Venise.

Service rendu à la mémoire

Nous tenons à la notion de transmission, indissociable de celle de culture. L’art lui-même est transmission, ou communication. Cela explique notre enthousiasme pour Zineb Sedira. Alors nous attribuons une mention particulière aux ministères de la Culture, de l’Europe et des Affaires étrangères ainsi qu’à L’Institut français ! Merci à la France de visibiliser à l’internationale son lien avec l’Algérie en laissant une parole libre à une artiste issue de cette histoire, qui ne cache rien des faits, même les plus sombres.

La Biennale de Venise se termine le 27 novembre, dépêchez-vous !

Lou Gasparini.

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La plasticienne Zineb Sedira, représentante de la France à la Biennale d’art de Venise

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