Georges Brassens, l’anarchiste au grand cœur !
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Georges Brassens, l’anarchiste au grand cœur !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

On le connaît drôle et irrévérencieux, émouvant et généreux. Qu’on soit plutôt Les copains d’abord ou Hécatombe, Les Amoureux des bancs publics ou L’Auvergnat, on peut tou-te-s fredonner un air du célèbre guitariste autodidacte. Découvrons Georges Brassens anarchiste : lui l’élément central de la culture française, aurait-il été si apprécié à l’époque par ceux qui l’encensent aujourd’hui ?

Une enfance en musique

Né le 22 octobre 1921 à Sète d’une mère catholique et d’un père anticlérical, il grandit dans l’amour de la musique, une maison où tout le monde chante.

Élève peu consciencieux au collège, sa mère lui refuse des cours de musique, pour l’inciter à se concentrer sur ses études. Il n’apprendra donc pas formellement le solfège, mais griffonne déjà des chansons à partir de ses poèmes. De là viennent ses accords de guitare simples, qui se ressemblent entre eux, et qu’on lui reconnaît dès qu’on les entend.

Son professeur de français, Alphonse Bonnafé, lui apprend les techniques de versification, pendant qu’il se passionne pour le jazz qu’il écoute à la TSF, et Charles Trenet.

Georges Brassens enfant. Crédit photo espace-brassens.fr.

Une passion pour la poésie

À seize ans, avec sa bande de copains, il se fait voleur. Écopant d’une peine avec sursis, il convainc ses parents de l’envoyer à Paris en 1939 chez une tante où il apprend le piano.

Paris occupé, il ne veut plus travailler, pour ne pas en faire profiter l’envahisseur. Il passe alors tout son temps dans la bibliothèque municipale de son quartier, à lire notamment Baudelaire, Verlaine et Hugo.

Inspiré, il écrit alors ses premiers recueils de poésie, dont À la venvole qu’il publie en 1942 à compte d’auteur, et qui présente déjà une critique du pouvoir et du clergé.

À la venvole, recueil de poésie de Georges Brassens édité en 1942, par Albert Messein. Crédit photo espace-brassens.fr.

Sous l’occupation

En mars 1943, il est convoqué au STO et part travailler près de Berlin pour une manufacture de moteurs d’avion.

Un an plus tard, il profite d’une permission de quinze jours pour ne plus y retourner.

Il se cache alors chez Jeanne Planche (qui avait trente ans de plus que lui) et son mari Marcel. Ainsi, ils vivent dans un certain inconfort : sans eau, ni électricité, ni tout à l’égout, avec chiens, chats, tortue, oiseaux et la fameuse cane. Jeanne l’aide même à acheter une guitare, qui lui sera volée plus tard.

Georges Brassens en compagnie de Jeanne Planche. ©L’Echo de l’Argoat.

Rapprochements avec le mouvement anarchiste

En 1946, il se rapproche des militants libertaires et lit Proudhon, Bakounine et Kropotkine. Il écrit alors des chroniques dans Le libertaire (qui deviendra en 1950 Le Monde libertaire) sous pseudonymes, et contribue également au bulletin de la CNT.

Il n’y militera plus au début des années 1950, mais continuera de soutenir la Fédération anarchiste en chantant pour l’organisation lors de galas ou de soirées.

Un ménage à trois

Pendant ce temps-là, il vit des amours cachées, pour ne pas attiser la jalousie de Jeanne, avec qui il entretient une relation aux vu et su de Marcel. Toustes trois sont très proches et il écrit Chanson pour l’Auvergnat à Marcel (qui n’est pas Auvergnat) pour le remercier de son accueil et de sa générosité.

Georges Brassens anarchiste – Chanson Pour L’Auvergnat

Ses amourettes lui inspirent notamment Une jolie fleur, P… de toi et Le Mauvais sujet repenti (l’une de ses amantes lui aurait transmis une gonorrhée, ce qui aurait révélé son secret à Jeanne).

George Brassens anarchiste – Le mauvais sujet repenti

Premiers engagements

En 1952, il auditionne pour Patachou, la célèbre patronne du cabaret de Montmartre. Jacques Canetti l’y repère et obtient pour lui un contrat chez Philips.

Mais Le Gorille choque et est refusée chez Philips. Brassens signe alors dans la nouvelle maison de disques Polydor. Engagé par la suite au théâtre des Trois Baudets, il fait salle comble.

Georges Brassens anarchiste – Le gorille

Le Gorille et Hécatombe scandalisent et ravissent, participant à la célébrité du chanteur-poète. Elles ne passeront pas sur les ondes radio traditionnelles et il faudra attendre la création d’Europe n°1 en 1955 pour entendre ces attaques joyeuses contre la police et la justice ayant recours à la peine de mort.

En 1954, il se produira à l’Olympia. Il partira également en tournée en Afrique du Nord, au Québec, en Belgique, Suisse et Italie.

Reconnaissance et succès

En 1955, son succès lui permet d’acheter la maison de Jeanne et Marcel, de l’agrandir et d’y faire installer l’eau et l’électricité. Il y vivra jusqu’en 1966, quand Jeanne, un an après la mort de Marcel, se remariera avec un homme de trente-sept ans, ce qui contrariera Georges Brassens. 

Pacifiste et antimilitariste, il cosigne en 1963 une lettre au Président de la République pour réclamer le droit pour les objecteurs de conscience à faire un service civique et non militaire. 

Un anarchiste individualiste

En 1966, au TNP, où Juliette Greco est en première partie, il chante Le Pluriel, rappelant la nature de son anarchisme : il est profondément de la branche individualiste.

Georges Brassens anarchiste – Le pluriel

En avril 1970, dans la revue Ego, il dira « C’est pour moi, une philosophie et une morale dont je me rapproche le plus possible dans la vie de tous les jours, j’essaie de tendre vers l’idéal. L’individualisme, ce n’est pas seulement de la révolte, c’est plutôt un amour des hommes. La révolte n’est pas suffisante, ça peut mener à n’importe quoi, au fascisme même. »

Il ne participera pas aux événements de 1968. Le 8 juin 1967, il se voit décerner le grand prix de poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

Contre la peine de mort

Il aura été un ami de Léo Ferré et Jacques Brel, avec lesquels il est invité à débattre autour d’une table par RTL et Rock & Folk le 6 janvier 1969.

Brel, Brassens, Ferré entretien complet du 6 janvier 1969.

Le 30 octobre 1972, il chante pour une soirée contre la peine de mort au Palais des sports à Paris et participera à plusieurs manifestations demandant son abolition. Elle l’est le 9 octobre 1981 et il meurt vingt jours plus tard, des suites d’un cancer de l’intestin. On le pleurera dans toute la France et la francophonie.

Anarchiste au point de toujours traverser dans les clous !

Nous retiendrons de Georges Brassens le portrait d’un anarchiste anticlérical, antimilitariste et profondément pacifiste, critiquant et moquant toujours la police, avec des textes souvent drôles, sinon touchants.

Il est étonnant aujourd’hui d’imaginer qu’un artiste avec ses idées aurait autant de succès et tant de renommée.

Georges Brassens anarchiste. © © Delorme/Universal Music France/GAMMA RAPHO.

Celui qui était « anarchiste au point de toujours traverser dans les clous afin de n’avoir pas à discuter avec la maréchaussée » est aujourd’hui un monument français salué pas toustes et l’ami de cœur de bien de jeunes anarchistes.

Lou Gasparini.

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Une entrevue avec Georges Brassens en 1974

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