Hommage à Malik Oussekine
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Hommage à Malik Oussekine

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Malik Oussekine était un étudiant d’origine algérienne mort sous les coups de policiers voltigeurs dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. Dans la même nuit, Abdel Benyahia est également abattu par un policier. Récemment, plusieurs œuvres sont revenues sur ces événements tragiques de l’histoire de France. Que nous disent-elles et en quoi sont-elles importantes ?

Dans cette série d’articles intitulée France algérienne, nous valoriserons l’importante part algérienne du patrimoine culturel français. Nous nous attarderons sur des artistes, des œuvres, des personnalités, des éléments culturels qui relient la France et l’Algérie. Sans rien nier de l’histoire complexe et douloureuse des relations franco algériennes, il s’agira au contraire de mettre en avant ce que l’art et la culture française doivent à l’Algérie.

Le contexte

L’année 1986 est marquée par une montée en puissance de l’extrême droite :

  • Lors de la campagne pour les législatives de mars 1986, le candidat socialiste Philippe Brocard est assassiné par un commando d’extrême droite,
  • À l’issue de ces mêmes élections législatives, le Front National entre pour la première fois à l’Assemblée nationale avec un groupe parlementaire composé de 35 députés,
  • Le 28 novembre, le GUD attaque une assemblée Générale qui se tient à l’université de Jussieu.

De plus, les étudiant-e-s se mobilisent massivement contre le projet de loi Devaquet, visant à instaurer la sélection à l’université. De nombreuses et importantes manifestations ont donc lieu dans les rues de Paris et notamment dans le Quartier Latin.

Des policiers montés à moto, appelés “voltigeurs” sont mobilisés pour le maintien de l’ordre. À l’issue de la manifestation du 5 décembre, ils patrouillent pour empêcher les étudiant-e-s de se rassembler à nouveau.

Que s’est-il passé ?

Ce soir-là, à minuit, Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, rentre chez lui après avoir passé la soirée dans un club de jazz. Une brigade de voltigeurs le repère, et se lance à sa poursuite. Malik réussit à entrer dans un hall d’immeuble de la rue Monsieur le Prince, grâce à un habitant qui lui ouvre la porte. Malheureusement, les policiers s’engouffrent dans le hall derrière lui et le passent à tabac. Il mourra à 3h20 aux urgences de l’hôpital Cochin.

Des peines symboliques

Ses frères et sœurs se démènent pendant des années pour faire reconnaître la culpabilité des policiers. Seulement, les deux policiers directement impliqués dans la mort de Malik n’écopent que de peines symboliques : cinq et deux ans de prison avec sursis pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

La défense fait jouer en leur faveur l’état de santé du jeune homme : sous dialyse, il attendait une greffe de rein. Selon eux, ce serait la véritable cause de sa mort, et non les coups qu’il a reçus.

La série Oussekine

Le 11 mai 2022, la plateforme Disney+ met en ligne la minisérie intitulée Oussekine, réalisée par Antoine Chevrollier. À travers ces quatre épisodes de 52 minutes, on se retrouve au cœur de l’histoire ; dans l’intimité de la famille dévastée par le drame qui la touche aussi bien que dans les rouages de l’État et de la police qui cherche à se dédouaner.

Antoine Chevrollier a réussi le coup de force de mettre en place la reconstitution des faits, qui n’avait pas eu lieu à l’époque. Cette fiction documentaire sort cette affaire de l’ombre et la raconte du point de vue de la famille Oussekine, cherchant à rétablir la vérité.

Sarah Oussekine dira “ Après la parodie de procès […], je me suis rendu compte que, dans ce pays qui est le mien, où je suis née, je serai toujours une citoyenne de deuxième zone.

Une fiction documentaire

La série plonge également dans les souvenirs de la famille Oussekine. On y voit notamment des images du 17 octobre 1961. Ainsi, Antoine Chevrollier inscrit ainsi la mort de Malik dans la lignée des crimes racistes dont la France s’est rendue coupable envers les Algérien-ne-s dans le cadre de la colonisation, puis de l’immigration qui en a découlé.

Le film Nos frangins

Le mercredi 7 décembre 2022, le film Nos frangins, du réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb, sort dans les salles de cinéma françaises. Sélectionné pour le festival de Cannes 2022 dans la section Cannes Premières, il sera également présent aux Oscars 2023 pour représenter l’Algérie dans la catégorie meilleur film international, malgré une production entièrement française.

Le film reprend de nombreuses images d’archives et crée même parfois la confusion en en reconstituant certaines grâce à des caméras de télévision de l’époque.

Il revient lui aussi sur l’affaire Malik Oussekine, que le gouvernement cherchait à étouffer. On y voit également l’indignation des étudiant-e-s, les marches et les hommages qui ont suivi.

Surtout, Rachid Bouchareb met en avant ce que l’on ignore trop souvent : un autre jeune homme d’origine algérienne est assassiné cette nuit-là.

Abdel Benyahia

Abdel Benyahia avait 19 ans. Alors qu’il était dans un bar avec son frère à Pantin, il essaie de séparer une bagarre. Un policier hors-service, armé et très soûl, tire à bout portant sur Abdel, qui en mourra à 22h30. Sa famille restera alors sans nouvelles pendant 48 heures.

Cette affaire, très peu médiatisée, a été éclipsée par l’affaire Malik Oussekine. Néanmoins, les deux familles se sont battues ensemble pour obtenir justice. Le policier qui a assassiné Abdel a été jugé pour homicide volontaire et reçu une peine de 7 ans de prison ferme.

Une indignation

La famille d’Abdel Benyahia est aujourd’hui indignée par le film de Rachid Bouchareb, qui n’a pas sollicité leur collaboration et qui présente les immigré-e-s de la première génération comme effacé-e-s. Il ne fait pas non plus mention du combat mené en commun par les deux familles, qui a permis d’obtenir la requalification du jugement du policier qui a assassiné Abdel.

Pourquoi chercher à sortir une histoire de l’ombre, si c’est pour le faire sans les principaux intéressés et en ses propres termes ?

L’importance de ces œuvres

Dans un premier temps, il s’agit d’ancrer ces histoires dramatiques dans l’histoire de la France. Ne pas les oublier permet parfois d’éclairer le présent. En effet, les violences policières sont loin d’être de l’histoire ancienne. Le combat d’Assa Traoré pour obtenir la justice pour son frère Adama Traoré, tué par la police en 2016, n’est pas sans rappeler celui de Sarah, sœur de Malik Oussekine.

Ce que ces films montrent, c’est aussi la manipulation de la police et du gouvernement pour couvrir les policiers, pour éviter la mise en cause tant par la justice que par le grand public.

Cela permet à tout le monde de bien comprendre qu’il ne s’agit pas de faits isolés, de bavures, de dérapages. Il s’agit d’un problème politique récurrent qu’il ne faut ni minimiser, ni oublier.

Pour aller plus loin

Nous vous conseillons la lecture du roman, Dernière Sommation, de David Dufresne, qui évoque l’affaire Malik Oussekine.

Nous rappelons également ici l’importance de la bande originale du film, La Haine. En effet L’Homicide Volontaire est la chanson à travers laquelle beaucoup de personnes ont entendu parler de Malik Oussekine pour la première fois.

Lou Gasparini.

Notre note
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Assassinés par la police, l’histoire de Malik Oussekine et Abdel Benyahia dans “Nos frangins”

Commentaires

1
Gasparini

Merci pour cet article documenté et complet qui restitue les différents événements tragiques
Félicitations pour cette écriture fluide et claire

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