André Miquel, promoteur de la littérature arabe !
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André Miquel, promoteur de la littérature arabe !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Normalien, agrégé de grammaire, docteur ès lettres et titulaire de la chaire de langue et littérature arabe classique au Collège de France, André Miquel est un formidable passeur de la littérature arabe. Orientaliste et arabisant, il a œuvré toute sa vie pour un rapprochement entre les cultures arabe et française.

Un languedocien de cœur

André Miquel naît le 26 septembre 1929 à Mèze, dans l’Hérault et garde pour cette région, un profond attachement teinté de romantisme : « Le Languedoc, j’y suis né. C’est là que j’aimerais, à l’heure dite, me dissoudre. J’imagine parfois qu’il me serait donné d’y être foudroyé, avec quelques fractions de seconde d’un bonheur absolu : je meurs là. »

Une vie faite de zigzags

« Au départ, j’ai présenté un bac de mathématiques, me destinant à devenir ingénieur agronome. Puis j’ai préparé Normale Sup et commencé à rêver d’Orient. C’est là que j’ai choisi d’étudier l’arabe avec Régis Blachère. Après une agrégation en Lettres classiques, j’ai passé un an en Syrie à l’Institut de Damas. Mon ambition était de rejoindre le service des relations culturelles du Quai d’Orsay et d’embrasser une carrière de diplomate. J’ai déposé un sujet de thèse : Cinéma et littérature dans l’Égypte contemporaine et je suis allé au Caire dans l’idée d’avancer sur cette recherche. Il se trouve que j’ai été accusé de comploter contre la sûreté de l’État et qu’avec d’autres diplomates, j’ai été jeté dans les prisons nassériennes. Les accusations à notre encontre étaient invraisemblables. Néanmoins, en sortant de la prison, ma décision était prise : j’allais devenir arabisant, non plus diplomate mais chercheur et enseignant. »

Un parcours d’excellence

André Miquel, promoteur de la littérature arabe. Crédit photo Tony Hage/MAXPPP.

S’il démarre sa carrière d’enseignant comme professeur au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand en 1956, André Miquel devient très vite maître-assistant de langue et littérature arabes à l’université d’Aix-en-Provence, puis à l’EHESS.

En 1976, il obtient la chaire de Langue et littérature arabe classique du Collège de France, avant d’en devenir l’administrateur, de 1991 à 1997.

En parallèle, de 1984 à 1987, il est administrateur général de la Bibliothèque nationale de France.

Un arabisant passionné

Dès son accession à l’École Normale Supérieure, en 1952, André Miquel s’intéresse au géographe Al-Muqaddasi, dont il traduit les œuvres ; préalable à une monumentale étude sur les géographes arabes. Celle-ci aboutira, quinze ans plus tard, à une thèse d’État, La géographie humaine du monde musulman jusqu’au milieu du XIe siècle, publiée en quatre volumes s’étalant de 1967 à 1988.

Couverture de de l’essai, La géographie humaine du monde musulman jusqu’au milieu du XIe siècle (André Miquel, promoteur de la littérature arabe).

Son travail porte sur des monuments des lettres arabes : Kalila et Dimna, Majnûn et Laylâ et son œuvre majeure ; sa traduction (avec Jamel Eddine Bencheikh) des Mille et Une Nuits en trois volumes.

André Miquel va également traduire de nombreux poètes et romanciers, dont le prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz.

De plus, il publiera à son nom romans, recueils de poésie et essais, allant jusqu’à écrire des poèmes en arabe, pour ensuite les traduire en français et publier l’ensemble sous le titre de Poèmes réciproques (Ash’ar mutajâwiba), en 2020.

Un Islam des lumières

Les entretiens de Bagdad – Un islam des Lumières (André Miquel, promoteur de la littérature arabe).

Enfin, André Miquel a toujours voulu montrer l’ouverture d’un Islam trop oublié : « J’ai toujours ressenti une estime particulière pour Ma’Mûn. Au IXe siècle, alors que l’Occident chrétien peine à sortir d’une époque de troubles, ce calife de Bagdad encourage la traduction en arabe des œuvres grecques, fonde un institut des sciences et incite à la discussion des rapports entre religion et raison, ce qui est d’une étonnante actualité. Il favorise un courant de pensée rationaliste, le mu’tazilisme, qui fait de l’harmonie entre foi et raison un enjeu crucial. Le calife considérait la raison comme le plus beau cadeau fait à l’homme, un don qui impliquait que l’on s’en serve sainement. Cette époque, qui est aussi celle de la traduction de centaines d’ouvrages, de la constitution d’une bibliothèque, Bayt al Hikma (Maison de la Sagesse) ou encore de la construction d’un observatoire, constitue l’âge d’or du califat abbasside. »

Une grande perte

Avec la disparition d’André Miquel, le 27 décembre 2022 à l’âge de 93 ans, les lettres arabes perdent leur plus infatigable passeur. D’autant qu’il faut remonter aux grands orientalistes du XIXe siècle pour trouver une bibliographie égale à la sienne.

André Miquel, promoteur de la littérature arabe. Crédit photo IMA.

Une situation qu’illustre parfaitement cette merveilleuse formule de Jacques Berque à propos de la langue arabe : « Sur la mer de la modernité, ce piton émergé ou peut-être Dieu loge ».

Hakim Aoudia.

Notre note

Portrait – André Miquel (IMA)

Jet Tours

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