150 ans de la naissance de Colette : un destin qui se noua à Châtillon-Coligny !
Colette Châtillon-Coligny Colette et Willy Hervé Bazin

150 ans de la naissance de Colette : un destin qui se noua à Châtillon-Coligny !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

Ce samedi 28 janvier 2023 coïncide avec le 150e anniversaire de la naissance de Colette, présidente de l’Académie Goncourt de 1949 à 1954, où la célèbre femme de lettres a vécu 18 mois à Châtillon-Coligny, dans le Loiret, où Achille Robineau-Duclos, son demi-frère, exerçait en tant que médecin. La mairie envisage de transformer sa maison en lieu de culture.

Par Izabel Tognarelli

À Châtillon-Coligny,

vous avez la rue du Paradis et une maison dite « de l’Enfer », appellations reçues en héritage de la forte implantation protestante d’antan. C’est l’un des très nombreux charmes de cette petite ville de l’est du Loiret, située en lisière de Bourgogne et à une quarantaine de kilomètres de Saint-Sauveur-en-Puisaye, où se trouve la maison natale de Colette, que sa famille a été contrainte de quitter en raison d’un revers de fortune.

La famille Colette réunie sur les marches de l’escalier de la maison du 20 rue de l’Eglise. Crédit photo mairie de Châtillon-Coligny.

À Saint-Sauveur, ils étaient regardés de travers tandis qu’à Châtillon-Coligny, la population leur réserva bon accueil ; peut-être parce qu’ils venaient rejoindre le médecin de la petite ville, qui rendait visite à ses patients jusque loin dans la campagne, en patache et, plus tard, en voiture.

À l’époque,

les médecins étaient des « notables », mais aussi des figures reconnues et respectées.

Les innombrables références à Saint-Sauveur dans l’œuvre de Colette sont autant d’indices du déchirement ressenti quand il lui a fallu quitter sa demeure natale. C’est seulement sur le tard que Colette fera preuve, dans sa correspondance, de nostalgie vis-à-vis de Châtillon-sur-Loing (devenue par la suite Châtillon-Coligny). Pourtant c’est bel et bien dans cette petite ville de la campagne gâtinaise que les Parques nouèrent son destin littéraire.

Portrait de Colette en 1888 (150 ans de la naissance de Colette : un destin qui se noua à Châtillon-Coligny). ©AFP – Leemage.

Châtillon-Coligny, pierre angulaire dans la destinée de Colette

Pour Sidonie-Gabrielle Colette, alors âgée de 18 ans, Châtillon-Coligny aura peut-être été envisagé comme un purgatoire après le paradis perdu.

Tout le monde connaît l’histoire du mariage, à Châtillon, de cette jeune fille de 18 ans, sans dot et encore bien sage, avec le tumultueux Willy, figure littéraire du Tout-Paris. On sait moins que c’est un petit garçon, né de l’une de ses maîtresses, qui l’amena à Châtillon où il l’avait placé en nourrice. Où vont se nouer les hasards de la destinée ?

À Châtillon,

Jacques Nottin, conseiller délégué à la culture, est la mémoire de ce pan de l’histoire littéraire. Il est aussi l’ange gardien qui veille sur l’ancienne maison du Docteur Robineau-Duclos, où Colette, de ses 18 à ses 20 ans, est venue chaque jour avec sa mère ainsi que « Le Capitaine » (le père de Colette), à l’heure du déjeuner. Chacune leur tour, Colette et Sido accompagnaient Achille dans sa tournée, pour rendre visite à ses patients. Colette fut d’ailleurs infirmière pendant la guerre.

Une maison restée quasi intacte

La maison du Dr Achille Robineau-Duclos, où Colette vint chaque jour de novembre 1891 au 15 mai 1893. Crédit photo mairie de Châtillon-Coligny.

Pour le moment, la maison est fermée et accueille à la belle saison des animations culturelles ponctuelles, notamment des lectures de l’œuvre de Colette et des lettres de Sido, mais aussi des pièces de théâtre. Rares sont ceux qui ont pu entrer par le porche qui mène à l’arrière de la maison, où un chèvrefeuille exubérant court le long du grand balcon qui longe une galerie haute et retombe en cascade, recouvrant avec une grâce ingénue une partie de la cour intérieure. Sur le côté, un escalier mène dans la maison, divisée en pièces exiguës, en un assemblage tarabiscoté. Tout est à refaire, mais le charme est là, fou, car les propriétaires suivants n’ont presque rien changé. On examine les détails de ce qu’il faut préserver et de ce qui doit être débarrassé (la prochaine étape et finalement la première de ce long processus de transformation).

L’objectif serait d’en faire un lieu de culture,

peut-être une résidence d’auteurs, et d’obtenir pour cette maison le label « Maison des Illustres », qui permettrait de lui assurer la pérennité. C’est ce qui s’est passé à Saint-Sauveur-en-Puisaye, en 2012. C’est justement depuis cette année 2012 (année du centenaire de la mort de Sido) que Jacques Nottin mûrit et nourrit patiemment son projet pour la maison du 20 rue de l’Église. Pour le moment, il en est encore à contempler l’ampleur du chantier et à se demander comment il va parvenir à ses fins.

On a envie de lui dire : « Faites confiance au destin ».

Colette et Hervé Bazin

Le sort veut que les lieux de vie de deux présidents de l’Académie Goncourt se retrouvent à une vingtaine de kilomètres l’un de l’autre. Car Hervé Bazin, qui présida le cénacle littéraire de 1973 à 1996, année de son décès, habita de 1972 à 1981 le manoir du Grand Courtoiseau, à Triguères.

Le manoir du Grand Courtoiseau à Triguères, où habita Hervé Bazin de 1972 à 1981. (150 ans de la naissance de Colette : un destin qui se noua à Châtillon-Coligny). ©mariages.net.

Le fait serait sans grande importance s’il n’y avait en plus ce contentieux entre les deux auteurs : Colette a mis son veto pour que le fulgurant Vipère au poing d’Hervé Bazin n’obtienne pas le prix Goncourt, avec pour argument qu’un fils ne peut parler ainsi de sa mère. Colette, la scandaleuse aurait-elle été sujette à un accès de morale ?

Les humains sont ainsi,

imparfaits et pas à un paradoxe près ; car en 1912, quand sa mère, Sido, mourut à Châtillon-sur-Loing, Colette ne vint pas aux obsèques, avançant qu’elle préférait garder le souvenir de sa mère vivante. De colère, Achille, son demi-frère, brûla toutes les lettres que Colette avait adressées, chaque semaine, à sa mère. C’est ainsi que, pour toute correspondance, nous n’avons plus que les lettres de Sido à sa tempétueuse fille.

Notre note

Les Colette : une famille à part

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