Abbé Viollet : une autre histoire de la sexualité en France !
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Abbé Viollet : une autre histoire de la sexualité en France !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Au début des années 1920, alors que la France sort à peine d’un premier conflit mondial destructeur, l’Église et la morale catholique règlent la vie privée de ses fidèles. Ainsi, l’Abbé Viollet devient un spécialiste des questions liées à la sexualité, recevant pendant des années des centaines de lettres de Français, dont le point commun est : l’ignorance.

Un contexte particulier

L’histoire de la sexualité a toujours été celle du caché. Ainsi, la doctrine de l’Église en ce qui concerne la vie sexuelle s’est constamment fondée sur trois grands concepts :

  • Condamnation de la chair et du plaisir,
  • Nécessité d’avouer ses péchés au travers de la confession,
  • Institution de la procréation comme règle contrainte par le mariage.

Dès le XVIe siècle, l’Église fait entrer la morale catholique dans les foyers de ses fidèles. Elle s’aide pour cela de la caution scientifique d’un discours médical naissant. L’objectif est clair : emprisonner la sexualité dans un cadre contraint ; celui du mariage, avec comme unique débouché : la procréation.

Même si, à la toute fin du XIXe siècle et au début du XXe l’ordre sexuel est contesté. La grande boucherie du premier conflit mondial favorise un retour en force des défenseurs de l’ordre moral.

Un prêtre libre

Jean Viollet naît le 3 février 1875 à Paris. Dreyfusard comme son père, l’historien catholique Paul Viollet, il entre au séminaire d’Issy-les-Moulineaux en 1895, où ses convictions font scandale.

Ainsi, il n’est ordonné prêtre qu’en 1901, quelques mois après ses camarades. De plus, il est alors nommé vicaire à la chapelle Notre-Dame-du-Rosaire, dans le quartier pauvre de Plaisance. Mais sans traitement versé par le diocèse !

Là et dès 1902, il crée la Société du logement ouvrier (ALO) et l’Association ouvrière familiale (AOF), des œuvres qu’il veut indépendantes de sa paroisse. Il obtient même de son archevêque le statut de « prêtre libre », qui lui permet de se consacrer totalement à ses œuvres sociales.

Aumônier d’un corps d’armée pendant la Première Guerre mondiale, il crée en 1918 l’Association du Mariage chrétien (AMC), avec comme objectif : relever la famille, « et plus particulièrement la natalité » en enseignant les lois de la morale conjugale.

Abbé Jean Viollet. (Abbé Viollet : une autre histoire de la sexualité en France !). Crédit photo hovia.fr.

De prêtre, à spécialiste des questions liées à la sexualité

À partie de 1923, il organise chaque année un congrès sur un thème, attirant les meilleurs moralistes et médecins catholiques de son temps. Ces congrès faisaient ensuite l’objet de publications et l’Abbé Viollet publia également bon nombre de livres et brochures.

Devenu un spécialiste des questions liées à la sexualité au sein de l’Église, il recevait des centaines de lettres auquel il répondait, et dont certaines étaient publiées dans des revues accompagnées de leurs réponses.

Extrait de L’amour en toutes lettres, questions à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924-1943) d’après Martine Sevegrand. Interprété par Emmanuel Landier, mis en scène par Didier Ruiz et diffusé par Fance Inter en 2002.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Abbé Viollet adhère au mouvement de résistance « Témoignage chrétien » et participe au réseau « Jade Amicol ». Il est décoré à la fin de la guerre, recevant même la médaille des Justes pour avoir sauvé un couple de juifs polonais. Il décède le 26 décembre 1956 à Paris.

L’Amour en toutes lettres

En 1996, l’historienne Martine Sevegrand publie : L’Amour en toutes lettres, Questions à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924-1943) aux Éditions Albin Michel.

L’Amour en toutes lettres, Questions à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924-1943) de Martine Sevegrand aux Éditions Albin Michel. (Abbé Viollet : une autre histoire de la sexualité en France !).

Ce recueil de 120 lettres dresse le portrait d’une société française ignorant les choses de l’amour, y compris le fonctionnement même du corps humain. Ainsi, le témoignage de cette jeune fille, qui redoute de tomber enceinte parce que son fiancé l’a embrassée sur la bouche.

Mais transparaissent également l’angoisse et la souffrance psychologique d’individus tiraillés entre leurs exigences morales et la réalité de leurs vies quotidiennes.

Enfin, ce qui étonne c’est la passivité avec laquelle toutes ces personnes acceptent leur sort, même si pointent, ici et là, certaines revendications féministes ou l’affirmation d’un plaisir légitime.

Au final, un livre poignant, comme le témoignage de ce lieutenant du 305e régiment d’artillerie, marié depuis 9 ans et père de 4 enfants, qui écrit en 1939 à l’abbé Viollet : « étant donné la gravité des temps actuels nous ne pouvons nous permettre d’envisager l’éventualité d’une cinquième naissance alors que ma vie est en danger et que ma femme ne pourrait que très difficilement subvenir aux besoins de ses 4 premiers enfants sans le salaire du père. »

Une source d’inspiration

Cet ouvrage a inspiré diverses adaptation :

  • C’est le spectacle fondateur de la Compagnie des Hommes, dont le recueil de Martine Sevegrand est adapté par Silvie Laguna et Didier Ruiz en 1999. Il sera joué près de 500 fois avec la même équipe de comédiens jusqu’en 2021.
  • Le Compagnie l’Échappée Belle l’adapte également en 2014 et il sera joué jusqu’en 2022.
  • Enfin, la réalisatrice Blandine Lenoir met en scène les lettres envoyés à l’Abbé Viollet dans un court-métrage intitulé : Monsieur l’Abbé et disponible sur la plateforme Tënk.
Monsieur l’Abbé de Blandine Lenoir (extrait). (Abbé Viollet : une autre histoire de la sexualité en France !).

Bonne lecture et bon visionnage à tous, car comme Blandine Lenoir le dit si bien : « Ceci est notre héritage ».

Hakim Aoudia.

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