Merteuil au Lucernaire : la suite des Liaisons Dangereuses, à savourer !
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Merteuil au Lucernaire : la suite des Liaisons Dangereuses, à savourer !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 3 minutes

Merteuil au Lucernaire : la suite des Liaisons Dangereuses, Merteuil face à Cécile, quinze ans après. Un duel cinglant écrit par Marjorie Frantz, agilement mis en scène par Salomé Villiers. Une pièce à voir et à revoir.

Par Guillaume d’Azemar de Fabregues

La scène représente un petit salon d’agrément. Un canapé, une méridienne, quelques souvenirs. La voix d’Arnaud Denis lit une lettre, O femme, approchez et venez m’entendre… Du fond de la salle arrive la marquise de Merteuil. Prévenez votre maître que s’il ne se montre pas d’ici dix minutes, je remonte dans mon fiacre… Oui, j’ai vieilli…

A la fin des Liaisons Dangereuses,

la marquise de Merteuil a disparu, elle avait perdu sa réputation et sa fortune. Et attrapé la petite vérole. C’était il y a quinze ans, elle s’est réfugiée en Hollande, y a vécu recluse. Une lettre intrigante l’a conviée dans ce relais de chasse, on y lit le projet de laver l’honneur de Valmont, elle s’est rendue au rendez-vous de cet inconnu, cette inconnue, plutôt.

L’inconnue, c’est Cécile de Volanges(*), il n’est pas bien compliqué de l’intuiter, quinze ans n’est pas suffisant pour voir arriver la génération d’après. Ce qu’elle veut, si elle l’obtiendra, là par contre…

Marjorie Frantz a écrit un duel oratoire à fleurets non mouchetés pour deux femmes,

un texte fin, ciselé, où la tension alterne avec l’humour. On découvre à travers une Merteuil presque féministe la vie des femmes du dix-huitième siècle, qui n’ont d’autres choix de vie que la broderie ou le couvent, où le viol est d’abord conjugal, sinon la femme y prendrait plaisir. Un féminisme particulier, elle est sa propre cause et se soucie peu des dommages collatéraux, dont elle répugne à se souvenir.

Merteuil a l’énergie des peaux de vache desséchées, Cécile a gagné le pouvoir, les mots fusent, les bons mots cinglent, les vérités se dévoilent. Deux femmes blessées, prêtes à tout, que ce soit pour obtenir une forme de paix ou pour se justifier, la tension peut monter, elle va monter.

Merteuil au Lucernaire : la suite des Liaisons Dangereuses, à savourer ! © Cédric Vasnier.

C’est Salomé Villiers qui signe la mise en scène,

toute en finesse, en agilité, un beau travail de direction d’actrices qui doivent dire… et laisser entendre le contraire. Sur scène, Chloé Berthier est Cécile, Marjorie Frantz est Merteuil, aussi justes l’une que l’autre, aussi à l’aise dans ce duel.

Je me suis assis dans la salle curieux de connaître comment Marjorie Frantz et Salomé Villiers avaient imaginé cette suite, ma curiosité a vite cédé la place au plaisir de savourer ce duel entre Cécile, vertueuse mais loin d’être ingénue, et, Merteuil manipulatrice qui n’a rien perdu de sa rouerie. Aussi touchantes l’une que l’autre.

Il y a de la magie dans Merteuil,

de ces magies qui donnent envie de revoir la pièce. Une première fois pour la découvrir, savourer le jeu de deux belles actrices, une deuxième fois pour approfondir le texte, les bons mots qui nous ont échappé, laisser décanter les arguments de Merteuil, s’ils sont opportunistes dans sa bouche, ils n’en décrivent pas moins une situation des femmes qui est encore d’actualité dans nombre de pays.

Merteuil au Lucernaire : la suite des Liaisons Dangereuses, à savourer ! © Cédric Vasnier.

Allez voir Merteuil, deux fois. Une première fois par curiosité, c’est la suite des Liaisons Dangereuses. Une deuxième fois pour le plaisir. Vous aurez peut-être assisté à la naissance d’un futur classique.

(*) De qui d’autre pourrait-il s’agir, relisez la note finale des Liaisons Dangereuses :

Des raisons particulières et des considérations que nous nous ferons toujours un devoir de respecter, nous forcent de nous arrêter ici. Nous ne pouvons, dans ce moment, ni donner au lecteur la suite des aventures de mademoiselle de Volanges, ni lui faire connaître les sinistres événements qui ont comblé les malheurs ou achevé la punition de Madame de Merteuil. Peut-être quelque jour nous sera-t-il permis de compléter cet ouvrage ; mais nous ne pouvons prendre aucun engagement à ce sujet, et quand nous le pourrions, nous croirions encore devoir auparavant consulter le goût du public, qui n’a pas les mêmes raisons que nous de s’intéresser à cette lecture.

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