Ottobah Cugoano, pionnier des luttes antiesclavagistes
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Ottobah Cugoano, pionnier des luttes antiesclavagistes

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Ottobah Cugoano (1757-1801), également connu sous le nom de John Stuart, était un abolitionniste, militant politique et philosophe des droits naturels originaire d’Afrique de l’Ouest. Très peu connu en France, il est l’auteur de la première œuvre rédigée par un Noir. Un essai antiesclavagiste publié en Angleterre en 1787. Découvrez Ottobah Cugoano, pionnier des luttes antiesclavagistes !

Jeunesse et captivité

Les débuts de la vie d’Ottobah Cugoano sont enveloppés de mystères. Mais il est largement admis qu’il est né près d’Ajumako, une ville côtière du Ghana, en 1757. Enlevé et réduit en esclavage dès l’âge de 13 ans, il est vendu sur les côtes africaines. Il est ensuite envoyé à la Grenade, où il travaille pendant 10 mois. Avant d’être transporté dans différentes îles des Caraïbes. En 1772, il est acheté par Alexander Campbell, qui l’emmène en Angleterre. Là, il devint domestique des artistes Richard Cosway et Maria Cosway, célèbres peintres de l’époque. Ces derniers vont le faire baptiser, lui apprendre à lire et écrire, pour finalement l’affranchir.

Richard, Maria Cosway et Ottobah Cugoano. Dessin de Richard Cosway (1784)
Richard, Maria Cosway et Ottobah Cugoano. Dessin de Richard Cosway (1784). Crédit photo wikipedia. (Ottobah Cugoano, pionnier des luttes antiesclavagistes).

Contributions à l’abolition de l’esclavage

Doté d’une intelligence vive et d’une soif insatiable de connaissances, Ottobah Cugoano s’éduque lui-même. Ainsi, il s’immerge dans la lecture de la Bible et de textes philosophiques. Cette quête intellectuelle nourrit sa réflexion sur la question de l’esclavage, qu’il condamne avec véhémence. Devenu un ardent défenseur des droits des Africains, il s’engage activement dans le mouvement abolitionniste britannique. De plus, il publie à Londres la première œuvre rédigée par un Noir : « Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species » (1787). Dans cet ouvrage, il plaide pour l’abolition de l’esclavage et l’émancipation immédiate de tous les esclaves.

Il va même jusqu’à fonder la société abolitionniste « The Sons of Africa« . Ainsi, les membres de ce groupe écrivaient fréquemment dans les journaux de l’époque pour condamner la pratique de l’esclavage. Il publie également : « Réflexions sur la traite et l’esclavage des nègres« , qui retrace sa captivité. Ce récit bouleversant devint l’un des plaidoyers les plus importants en faveur de l’abolition de l’esclavage.

Couverture de l'ouvrage de Ottobah Cugoano Thoughts And Sentiments On The Evil & Wicked Traffic Of The Slavery & Commerce Of The Human Species, publié en 1787.
Couverture de l’ouvrage de Ottobah Cugoano Thoughts And Sentiments On The Evil & Wicked Traffic Of The Slavery & Commerce Of The Human Species, publié en 1787. Crédit photo wikipedia. (Ottobah Cugoano, pionnier des luttes antiesclavagistes).

Un philosophe des droits naturels au service de la cause abolitionniste

Ottobah Cugoano ne se contente pas de dénoncer les horreurs de l’esclavage. Ainsi, il en démonte également les fondements idéologiques. Inspiré par les philosophes des Lumières et les théories du droit naturel, il affirme que tous les êtres humains, quelle que soit leur origine ou leur couleur de peau, naissent libres et égaux en droits. De plus, il réfute les arguments racistes utilisés pour justifier l’esclavage et démontre l’incompatibilité de cette pratique avec les principes de justice et d’humanité. En somme, il met les maîtres blancs européens face à leurs contradictions, en utilisant les arguments de la foi, de la morale et de la philosophie dont ils se réclament.

Extrait 1

« Ceux qui avaient mangé un morceau de canne à sucre risquaient d’être violemment fouettés ou frappés au visage, jusqu’à en perdre leurs dents. Certains des plus robustes, régulièrement punis mais endurcis et abêtis par les coups et les flagellations répétés, ou affaiblis et poussés par la faim et la fatigue, commettaient souvent ce genre de délit et, s’ils étaient pris, subissaient des châtiments exemplaires. Certains m’ont raconté qu’on leur avait arraché les dents, pour les empêcher de manger de la canne à sucre à l’avenir et dissuader les autres. La vue de mes compagnons et semblables dans cette pitoyable, malheureuse et terrible condition, avec toute la bassesse brutale et la barbarie qui l’accompagnaient, ne pouvait que me remplir d’horreur et d’indignation. […] » Ottobah Cugoano : Réflexions sur la traite et l’esclavage des nègres (1787).

Extrait 2

« Grâce à Dieu, j’ai pu fuir la Grenade et cet horrible et brutal esclavage. Un gentilhomme qui se rendait en Angleterre me prit comme serviteur et m’y emmena, de sorte que ma situation s’améliora. Arrivé dans ce pays et voyant des gens lire et écrire, je fus pris du désir d’apprendre et, avec l’aide que je pus trouver, m’efforçai d’apprendre la lecture et l’écriture, qui me procurèrent bientôt divertissement, plaisir et émerveillement; lorsque mon maître vit que je commençais à écrire, il m’envoya étudier dans une vraie école. Depuis, j’ai cherché à améliorer mon esprit par la lecture et à apprendre tout ce que je pouvais, dans ma situation, sur mes frères et semblables, et sur la misérable condition de ceux qui sont vendus en esclavage de manière barbare et illégalement asservis. » Ottobah Cugoano : Réflexions sur la traite et l’esclavage des nègres (1787).

Réflexions sur la traite et l'esclavage des Nègres - Ottobah Cugoano - Éditions La Découverte
Réflexions sur la traite et l’esclavage des Nègres de Ottobah Cugoano aux Éditions La Découverte. (Ottobah Cugoano, pionnier des luttes antiesclavagistes).

À découvrir en famille

Je ne saurais trop vous conseiller de faire lire l’œuvre d’Ottobah Cugoano à vos ados et jeunes adultes. Dès l’âge de 14 ans. L’occasion de les sensibiliser à des questions cruciales. Telles que l’esclavage, les droits de l’homme et les luttes pour la justice sociale. Mais également de leur permettre de saisir l’ampleur du commerce transatlantique des esclaves. Ainsi que ses conséquences dévastatrices sur des millions d’êtres humains. L’occasion enfin de faire le lien avec les programmes de l’Éducation Nationale. Où la thématique est abordée dès le collège, en classe de 4e.

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Hakim Aoudia.

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