Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !

Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

À l’occasion du centenaire de la naissance de Jimmy Scott (1925-2014), il est temps de (re)découvrir la voix unique et bouleversante de ce crooner inclassable. Trop longtemps ignoré du grand public, Little Jimmy Scott a pourtant marqué l’histoire du jazz et de la soul par son phrasé suspendu et son timbre androgyne, fruit d’un trouble hormonal rare. Protégé de Lionel Hampton, admiré par Ray Charles et Lou Reed, redécouvert tardivement dans les années 1990, il incarne une forme d’élégance tragique, d’intensité à fleur de peau. L’occasion d’une plongée sensible dans l’univers d’un chanteur à part, pour qui chaque chanson devient une confession intime. Voici notre sélection, certes subjective et non exhaustive, des meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument, en vinyle de préférence !

Playlist des meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !

Very Truly Yours (1955)

Dès l’ouverture, Imagination, la voix de Jimmy Scott irradie d’une innocence émouvante : un registre aigu naturellement suspendu, fruit du syndrome de Kallmann, qui confère à son chant une émotion quasi surnaturelle. Produit par Savoy en 1955, ce premier opus en leader le met en dialogue avec un petit combo d’élite – Charles Mingus à la contrebasse, Budd Johnson au saxophone –, un écrin intime où chaque note semble flotter.

À travers douze standards de l’« American Songbook », du tendre When Did You Leave Heaven à Don’t Cry Baby, Jimmy Scott modèle chaque phrase : retenue dans le tempo, appuyée sur des silences signifiants, son phrasé suspend le temps. C’est ici la quintessence de son art de la ballade : un mélange d’assurance et de fragilité, comme si l’émotion se mesurait au millième de seconde.

When Did You Leave Heaven · Little Jimmy Scott. (Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !).

Falling In Love Is Wonderful (1963)

Sorti en 1963 sur le label Tangerine de Ray Charles, puis retiré dans la foulée pour un imbroglio contractuel avec Savoy, Falling In Love Is Wonderful a mis près de quarante ans à réapparaître dans les bacs. Produit et accompagné au piano par Ray Charles, et sublimé par les arrangements raffinés de Marty Paich et Gerald Wilson, ce bijou vocal déploie dix standards — de « They Say It’s Wonderful  » à « Someone To Watch Over Me « , en passant par  » Sunday, Monday or Always « , avec une grâce envoûtante.

Ce disque, véritable trésor pour collectionneurs, révèle l’âme unique de Jimmy Scott : une voix cristalline, androgyne, terriblement intime, façonnée par sa maladie et ses nombreuses épreuves personnelles. Son phrasé hésitant, proche du chuchotement lyrique, suspend le temps et installe une émotion rare — un jazz vocal effleuré, qui frôle la confidence.

Sunday, Monday or Always · Jimmy Scott. (Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !).

Dream (1994)

Dans Dream (Sire/Warner 1994), Jimmy Scott revient sur le devant de la scène avec la grâce d’une étoile crépusculaire. Cet album, enregistré sur trois jours à New York avec l’élite du jazz – Junior Mance au piano, Ron Carter à la basse, Peyton Crossley à la batterie et Milt Jackson aux vibes, épaulés par l’organiste Mitchell Froom et les saxophonistes Red Holloway et Patience Higgins – respire l’intimité et la sobriété.

À 69 ans, sa voix androgyne, tout à la fois vulnérable et profonde, semble encore suspendre le temps. Les standards choisis – de « Dream » à « Don’t Take Your Love from Me« , rn passant par « I Cried for You » – sont transcendés par son art de la nuance, du souffle retenu. L’album vibre d’une émotion à fleur de peau, loin des artifices, avec des prises souvent captées en une seule prise, gage de spontanéité et de complicité.

I Cried for You · Jimmy Scott. (Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !).

Heaven (1996)

Avec Heaven (1996), Jimmy Scott dévoile une nouvelle facette de sa voix éthérée – à mi-chemin entre les cieux et la chair. Accompagné du pianiste-arrangeur Jacky Terrasson et produit avec finesse par Craig Street, l’album convoque une ferveur singulière : gospel, spirituals et reprises inattendues (Talking Heads, Dylan, Mayfield) se mêlent dans une transe méditative. Du traditionnel “Wayfarin’ Stranger” à “People Get Ready”, en passant par la version suspendue de Bob Dylan (“When He Returns”), Scott réussit à transcender chaque morceau, en appuyant chaque mot, chaque soupir, dans un tempo presque suspendu.

L’intensité dramatique atteint son apogée dans le duo intime avec Terrasson sur “There’s No Disappointment in Heaven” : le pianiste évoquant un moment empreint de spiritualité, où l’émotion devient palpable.

Dans son écrin sobre et dépouillé, Heaven révèle toute la singularité de Jimmy Scott, un artiste qui redéfinit, à 71 ans, la beauté même d’un chant dépouillé. Un album essentiel, suspendu entre ciel et terre.

There’s No Disappointment in Heaven · Jimmy Scott. (Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !).

But Beautiful (2002)

Accompagné par un trio subtil et classieux — Lewis Nash, George Mraz et Renee Rosnes —, et réhaussé par la présence d’invités de marque — Joe Beck, Bob Kindred, Eric Alexander, Freddy Cole, Lew Soloff et Wynton Marsalis —, « But Beautiful » révèle la grâce éthérée d’un Jimmy Scott au sommet de son art. À 76 ans, sa voix fragile, cet alto presque féminin façonné par le syndrome de Kallmann, se pose tel un murmure poignant, où chaque note semble chargée d’une mémoire silencieuse et précieuse.

Sur dix standards finement choisis, Scott exhale une profondeur rare : « You Don’t Know What Love Is » et « Darn That Dream » s’envolent dans une lenteur élégiaque, tandis que « It Had to Be You » et la chanson-titre vibrent d’un romantisme délicat. Le duo tendre avec Freddy Cole sur « When You Wish Upon a Star » illumine l’album de complicité, et « Take My Hand, Precious Lord » se fait prière émouvante grâce à l’accompagnement soyeux de Rosnes.

Cet album, sobrement produit par Todd Barkan, sonne comme le triomphe d’un parcours semé d’embûches — contrats avortés, invisibilité, ascension tardive — dignement sublimé par la voix d’ange du chanteur.

It Had To Be You · Jimmy Scott. (Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !).

I Go Back Home (2016)

Jimmy Scott revient à l’essentiel : I Go Back Home, son ultime album, est un hommage à la voix fragile et émouvante d’un ange du jazz vocal. Ce disque posthume, né de sessions enregistrées entre 2009 et 2012 et sorti en 2016, a été conçu avec une minutie rare : le producteur Ralf Kemper, épaulé par le légendaire ingénieur Phil Ramone, a réuni autour de Jimmy Scott un orchestre symphonique et un casting d’exception, incluant Dee Dee Bridgewater, Joey DeFrancesco, James Moody, Kenny Barron ou Joe Pesci.

Dès le bouleversant (Sometimes I Feel Like a) Motherless Child, Scott, malgré la fragilité de ses dernières années, fait résonner chaque silence avec une intensité bouleversante. Sur The Nearness of You, la complicité avec Pesci révèle la justesse intacte de son phrasé. Les duos, tels For Once In My Life avec Bridgewater ou Love Letters cajolé par Oscar Castro-Neves, illustrent une voix qui transcende les standards sans jamais céder au sentimentalisme. Un chant d’adieu, fier et lumineux !

Motherless Child (feat. Joey DeFrancesco) · Jimmy Scott. (Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !).

Le vinyle, une culture

Si vous n’avez pas encore succombé au retour du vinyle, qui n’a par ailleurs jamais disparu, il est temps de vous y mettre.

Bien plus qu’un simple objet, il séduit de plus en plus, néophytes et passionnées, par la qualité de ses pochettes, sa fidélité sonore et la richesse du son.

De plus, il permet de se réapproprier l’instant et de prendre le temps.

platine vinyle
Platine vinyle. (Meilleurs albums de Jimmy Scott à écouter absolument !).

Tout commence par ce petit rituel, où l’on choisit son disque, puis on extrait la galette de sa pochette et de son étui en plastique. Il faut ensuite la poser sur la platine, positionner soigneusement l’aiguille, savoir apprécier son crépitement si caractéristique, s’assoir et écouter, en parcourant la jaquette.

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne écoute.

Hakim Aoudia.

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