Much Loved de Nabil Ayouch, ou le film des trois singes de la sagesse au pays de la prostitution !

Much Loved de Nabil Ayouch, ou le film des trois singes de la sagesse au pays de la prostitution !

Mag Centre - Publié le

Temps de lecture : 2 minutes

Voilà un film qui a non seulement été immédiatement interdit au Maroc après sa projection à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes au mois de mai, mais a aussi révélé les limites d’une certaine liberté d’expression dans ce pays du printemps arabe, avec les fatwas et autres menaces de mort prononcées à l’encontre de son réalisateur Nabil Ayouch et de l’actrice Loubna Abidar notamment. Much Loved de Nabil Ayouch, ou le film des trois singes de la sagesse au pays de la prostitution !

Ni voir, ni entendre, ni parler

Car, comme les trois singes de la sagesse, le gouvernement du Maroc, qui ne veut “ni voir, ni entendre, ni parler” de la prostitution, a interdit la diffusion de “Much loved”, pour “atteinte à la dignité de la femme marocaine”, comme si la prostitution pratiquée au Maroc, comme dans tous les pays qui associent pauvreté et tourisme, n’était pas en soi une atteinte à la dignité humaine… Comme nous le disait le réalisateur marocain Hassan Legzouli dans une interview lors de son passage à Orléans pour le festival “Printemps du Cinéma Méditerranéen”: “Il y a aujourd’hui au Maroc, une volonté de moraliser la culture et la création.

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L’universalité d’un phénomène

Mais revenons au film, qui constitue d’abord un document d’une rare acuité sur le phénomène prostitutionnel dans ses aspects sociologiques, économiques et psychologiques, et quand bien même il se déroule à Marrakech, il décrit l’universalité d’un phénomène dans ses pires bassesses, jusqu’à la pédophilie dont sont victimes ces enfants, marchands ambulants de sucettes.

C’est aussi un film d’une grande sensibilité dans la description de la vie de ces trois femmes, (bientôt quatre), en donnant une identité, une âme à ces femmes de la nuit, rejetées et diabolisées. La violence, l’alcool et la drogue, le manque d’amour, mais aussi la solidarité entre femmes, tout est montré, analysé sans concession, mais avec le respect pour ces femmes qui essaient ainsi d’affirmer leur indépendance, comme dans cette scène finale où les quatre doivent décider de ce qu’elles feront le lendemain…

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De nombreuses discriminations

Et je ne peux m’empêcher de penser à cette vidéo “Les prostituées de Lyon parlent“, tournée par une militante féministe dans les années 70, qui osait, à la stupeur de notre société bien pensante, donner pour la première fois la parole à ces femmes…

J’ajouterai que ce film est finalement une illustration très concrète du vif débat provoqué cet été, par Amnesty International, proposant de décriminaliser totalement la prostitution, en partant du constat selon lequel « les personnes qui se prostituent sont poussées à la clandestinité du fait de la criminalisation de la prostitution », ce qui se traduit par de nombreuses discriminations en matière d’accès aux soins, de logement, de protection sociale ou par une plus grande vulnérabilité face aux violences.

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Par Gérard Poitou. MagCentre.

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