Le dictionnaire de Lemprière de Lawrence Norfolk, ou le livre de toutes les conspirations !

Le dictionnaire de Lemprière de Lawrence Norfolk, ou le livre de toutes les conspirations !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 3 minutes

Avec Le dictionnaire de Lemprière, Lawrence Norfolk signe un premier roman ambitieux, situé entre la fiction historique et le thriller politique. S’inspirant de la figure réelle de John Lemprière, jeune érudit du XVIIIᵉ siècle auquel l’on doit un dictionnaire de mythologie publié en 1788, Norfolk imagine les coulisses troubles de cette entreprise savante. À mesure que le protagoniste s’attelle à son ouvrage, il découvre que sa propre histoire familiale est entremêlée à celle de la puissante Compagnie des Indes orientales, dont l’ombre s’étend sur l’Europe finissante de l’Ancien Régime. Meurtres, archives occultées, sociétés secrètes, héritages empoisonné : le roman explore la manière dont les mythes façonnent les destins humains autant qu’ils les éclairent. Porté par une langue dense, foisonnante, mais toujours maîtrisée, Norfolk compose une fresque singulière qui mêle érudition, imagination et tension narrative. Le lecteur y trouve un monde riche, luxuriant, parfois labyrinthique, où chaque détail semble participer d’une architecture savamment orchestrée. Le dictionnaire de Lemprière de Lawrence Norfolk aux Éditions Grasset, ou le livre de toutes les conspirations !

Un roman-labyrinthe au cœur du XVIIIᵉ siècle

Dans l’interprétation romanesque qu’en propose Lawrence Norfolk, John Lemprière n’est plus seulement un compilateur méticuleux d’histoires antiques : il devient un jeune homme hanté par la mort brutale de son père et par les récits mythologiques qu’il étudie depuis l’enfance. Lorsque les hasards d’un héritage le conduisent à Londres, il découvre une réalité plus sombre que tous les récits des poètes anciens. Les archives familiales, longtemps tenues secrètes, dessinent un réseau d’influences, de dettes et de violences qui remonte jusqu’aux origines mêmes de la Compagnie des Indes orientales. Et dont l’objectif pourrait même être de fomenter la Révolution française de 1789.

Un roman touffu et exigeant

À partir de ce matériau historique, Norfolk déploie une fiction ample, presque baroque, dans laquelle le réel semble constamment dialoguer avec le mythe. Les dieux d’Hésiode et d’Ovide ne sont jamais très loin : leurs légendes servent de miroir aux passions, aux trahisons et aux ambitions humaines. L’écriture du dictionnaire devient alors pour Lemprière une manière de mettre en ordre le chaos du monde — une tentative de comprendre ce qui, dans le passé, continue d’exercer son emprise sur les vivants. Norfolk orchestre ces éléments avec un sens aigu du rythme et de la construction, offrant un roman touffu, exigeant, mais irrésistiblement captivant.

Lawrence Norfolk
Lawrence Norfol. (Le dictionnaire de Lemprière de Lawrence Norfolk, ou le livre de toutes les conspirations !).

Extrait 1

« Là-haut les vents soufflent et nettoient le ciel. On voit luire les étoiles au-dessus de Jersey dont les plages et les hautes falaises se distinguent à peine des eaux noires qui l’encerclent. La lune a disparu depuis longtemps, cette lune qui, certaines nuits, éclaire assez pour lui permettre de lire. Sur le pupitre devant lequel il est assis, une lampe à huile diffuse une clarté jaunâtre. En face de lui un livre ouvert auquel il donne toute son attention, le visage presque collé contre les pages. Sa tête va de gauche à droite en suivant les caractères et s’abaisse progressivement, ligne après ligne. Du dehors le murmure des vagues qui viennent gifler le rivage lui parvient à peine.

Extrait 2

Bientôt la silhouette voûtée se redresse. L’homme se frotte les yeux. Le grand corps anguleux est ankylosé, jambes entortillées autour des pieds de la chaise, coudes en peine de trouver un point d’appui parmi les papiers en désordre entassés sur la table. Il change maladroitement de position, mais, quand il cesse de se frotter les yeux, la chambre s’est évanouie. La tache rouge qu’il devine vaguement doit être son lit, et la zone plus claire au-delà est sans doute la porte. Du pied il tâte le plancher ; les brises légères dont le souffle frais lui caresse le visage l’aident à identifier la fenêtre. A cette distance il n’y a que des ombres instables. Rien d’autre que « de l’air privé de lumière ». La formule lui revient : Lucrèce. Prosaïque et d’un maigre secours. Tandis que les objets autour de lui flottent et disparaissent, ombres qui se fondent l’une dans l’autre, John Lemprière éprouve, au creux de l’estomac, cette légère angoisse à laquelle il est habitué, mais qu’il accueille toujours sans plaisir. Il se penche sur la page et s’efforce d’en prendre une vision nette ».

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Hakim Aoudia.

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