Silent Jenny de Mathieu Bablet : une BD dystopique où les abeilles ont disparu !

Silent Jenny de Mathieu Bablet : une BD dystopique où les abeilles ont disparu !

Bruno Ménétrier - Publié le

Temps de lecture : 3 minutes

Mathieu Bablet nous livre pour cette fin d’année, un album monumental très attendu : une histoire où Jenny file un mauvais coton dans un monde post-apocalyptique d’où les abeilles ont totalement disparu. On avait été bluffé par Mathieu Bablet en 2020 et sa très belle histoire d’amour entre deux androïdes : Carbone & Silicium. Le revoici avec de nouveau un gros album monumental : Silent Jenny, un récit dystopique sur une planète d’où les abeilles ont disparu. Silent Jenny de Mathieu Bablet aux Éditions Rue de Sèvres : une BD dystopique où les abeilles ont disparu !

L’univers de l’album :

une planète post-apocalyptique qui préfigure sans doute la nôtre. Eau raréfiée, nourriture artificielle, lacs d’acide, air vicié, météo en surchauffe, …

« Le stress thermique mortel est à son maximum, aujourd’hui. Pensez à vous hydrater toutes les demi-heures. Quant aux mises en garde habituelles : évitez l’exposition directe au soleil.
Et souvenez-vous : « demain sera un autre jour » !
»

Jenny la taciturne travaille sur une monade : une sorte de navire terrestre ambulant où survit une petite communauté qui arpente la surface désertique de la planète. Pour la firme Pyrrhocorp, elle va rechercher sous terre des traces ADN d’abeilles : elles ont disparu depuis longtemps.

« Les abeilles, puis la pollinisation, la fin de la famine. Les gens penseront moins à survivre et Pyrrhocorp pourra rebâtir un système de santé qui tient la route. Des médicaments, des vaccins, des médecins … c’était ça le monde d’avant, tu sais. Il ne faut jamais cesser d’y croire. »

Silent Jenny de Mathieu Bablet aux Éditions Rue de Sèvres : une BD dystopique où les abeilles ont disparu !

Une opération risquée

Pour cette recherche, Jenny se miniaturise en microïde et pénètre dans le sol, dans l’infra-monde. C’est une opération risquée pour l’organisme, surtout quand la « combinaison n’est plus très étanche ». Le moindre bout de peau au contact de l’air se nécrose très vite à cause de la calcification. Le sous-sol est d’ailleurs infesté de microïdes qui ne sont jamais remontés. La mission de Jenny est à haut risque « parce que les profondeurs appellent certaines personnes, et qu’à un moment, l’appel devient assourdissant ».

Pour ces survivants, toute la difficulté est de parvenir à « s’enchanter du monde dans lequel on vit, tout en étant terrifié de la direction dans laquelle il va ».

Un créateur de mondes

Mathieu Bablet se pose en digne successeur de Jean Giraud, aka Moebius : les mondes qu’il crée dans ses gros albums sont travaillés en profondeur, complexes et fouillés.

Le terme de monade est emprunté à la philosophie (celle de Leibniz notamment), où une monade est l’unité ultime. Elles peuvent aussi évoquer une version mobile des conurbations de l’écrivain Robert Silverberg.

Sur la planète de Jenny, les monades sont aussi nomades, sans cesse en déplacement, car « la monade n’a pas d’autre mission que le mouvement ».

Ces navires terrestres évoquent un peu les chars des sables de la planète Tatooine (celle de Star Wars), et certains personnages (les mange-cailloux, les pénitents, …) peuvent même faire penser aux Jawas : l’univers de Mathieu Bablet est aussi dense que celui des grandes épopées stellaires et l’auteur nous délivre les informations tout au long de son récit, où ce monde se dévoile peu à peu.

Silent Jenny de Mathieu Bablet aux Éditions Rue de Sèvres : une BD dystopique où les abeilles ont disparu !

Un graphisme et un scénario sombres et pessimistes

Les enfants casqués sont aussi une belle trouvaille, à la fois graphique et scénaristique.

« On n’a pas trouvé meilleure solution pour vous préserver des maladies et réduire la mortalité infantile. Une fois assez grands, vous risquerez moins de choper tout ce qui se balade dans l’air. »

Le graphisme est assez surprenant, sombre, onirique, touffu, organique même, avec des couleurs estompées sur papier mat : il faut un peu de temps pour s’habituer à cette richesse graphique et à cet avalanche de détails, car c’est un monde assez obscur où nous invite Mathieu Bablet.

Le dessin accompagne un scénario sombre, plutôt pessimiste, et j’avoue que le mal de vivre d’une Jenny mutique et dépressive plombe un peu la lecture et que j’ai eu du mal à m’attacher à ce personnage.

À réserver aux inconditionnels de cet auteur.

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Par Bruno Ménétrier. Les bouquins de Bruno Ménétrier.

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