Moonlight de Barry Jenkins, ou le film de l’itinéraire d’un enfant paumé !

Moonlight de Barry Jenkins, ou le film de l’itinéraire d’un enfant paumé !

Mag Centre - Publié le

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Moonlight”, au titre improbable, raconte, en trois actes, en trois temps marqués par des ellipses très fortes, mais suivant de manière chronologique la recherche identitaire d’un jeune garçon paumé, né d’une mère accro à la drogue dans un quartier pauvre et ensoleillé de Miami. Little, ou Chiron, incarné successivement par trois excellents acteurs pas forcément raccord physiquement, tant la quête d’une identité structurante de sa personnalité va modifier en profondeur le personnage fictionnel. Moonlight de Barry Jenkins, avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes, ou le film de l’itinéraire d’un enfant paumé !

L’imprégnation psychologique

Le film fonctionne sur le principe de ce qu’a appelé l’éthologue Konrad Lorenz, avec son expérience célèbre sur des oies, “l’imprégnation psychologique”, en montrant, dans les années trente, comment des oisons pouvaient s’attacher à l’expérimentateur comme substitut de la mère… Mais ce que montre le film, au delà de cette expérience psychologique, c’est le désarroi, la souffrance générés par cette carence affective, quel qu’en soit le substitut. Little/Chiron se cherche, entre l’absence de sa mère, la violence rejetante de ses camarades et la protection affectueuse du dealer, comme substitut du père absent.

Moonlight de Barry Jenkins, avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes, ou le film de l’itinéraire d’un enfant paumé !

La nature humaine

Profondément classique dans sa structure mélodramatique, le film se construit sur les fractures, les manques du récit et les doutes qui en résultent pour le spectateur sur l’identité de chacun, sur les intentions relationnelles avec Chiron. D’où, une étonnante et persistante impression d’identification avec le personnage, de découvrir l’ambivalence de sa relation avec les autres, avec toujours la même peur de l’erreur d’appréciation, avec la même fausse naïveté, et la distance grandissante nécessaire pour se protéger de l’affection comme de l’agression.

Comme le dit si bien Barry Jenkins : « Ce qui m’intéressait, c’était l’hyper-virilité et la vulnérabilité de Chiron. Au cinéma, les hommes noirs ne pleurent jamais. Mais ce n’est qu’un cliché, ce n’est pas ça, la nature humaine ».

Moonlight de Barry Jenkins, avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes, ou le film de l’itinéraire d’un enfant paumé !

Un drame contemporain

Et c’est avec la force de cette empathie que se construit le film, au fil des trois âges de Chiron, en nous plaçant au cœur de ses interrogations de jeune noir, peut-être homosexuel, qui finit par se construire la carapace adaptée à son statut. Pas une explication sociologisante de comment on devient dealer, mais une troublante plongée dans la destinée humaine que tout spectateur, si éloigné soit-il de Miami, reçoit avec toute la force d’un drame contemporain.

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Par Gérard Poitou. MagCentre.

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