Un crime sans importance d’Irène Frain, ou le livre du meurtre non élucidé de la sœur de l’écrivaine !

Un crime sans importance d’Irène Frain, ou le livre du meurtre non élucidé de la sœur de l’écrivaine !

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Temps de lecture : 3 minutes

Elle aurait pu être lauréate du prix Renaudot. Elle figurait parmi les quatre derniers récipiendaires possibles. Le Jury lui a préféré Marie-Hélène Lafon. Par contre, l’Interallié a couronné ce jeudi 3 décembre la romancière Irène Frain qui réside souvent près de Vendôme, où elle possède une maison familiale pour « Un crime sans importance ». Publié aux éditions du Seuil en août 2020, « Un crime sans importance » est un récit construit autour du meurtre non élucidé de la sœur de l’écrivaine. La romancière transforme sa sœur, victime d’un crime qui n’intéresse personne, en héroïne romanesque. Un crime sans importance d’Irène Frain, aux Éditions du Seuil, ou le livre du meurtre non élucidé de la sœur de l’écrivaine !

Penser le crime

L’histoire débute sur un fait divers. Une vieille dame meurt à l’hôpital des suites de ses blessures, quelques semaines après avoir été sauvagement agressée dans sa maison dissimulée au fond d’une impasse, dans un quartier pavillonnaire d’une ville qui pourrait être de banlieue, d’Eure-et-Loir ou du Loir-et-Cher, de n’importe quel département, une ville comme il y en a tant, avec ses banlieues « moches ».

La victime, Denise, est la sœur aînée de la narratrice, qui aimerait savoir ce qui s’est passé ce jour-là au fond de l’impasse. Mais, elle se heurte au silence des autorités et de sa famille. Quatorze mois après les faits, le policier chargé de l’enquête n’a toujours pas rendu son rapport et ses neveux ne prennent pas contact avec elle… Alors, Irène Frain décide de prendre la plume « pour penser le crime ».

Un crime sans importance d’Irène Frain, aux Éditions du Seuil, ou le livre du meurtre non élucidé de la sœur de l’écrivaine !

Un crime sans importance

La romancière raconte comment elle a tenté de mettre en branle la justice, qu’elle nomme « Le mastodonte ». En vain. Mais, en cherchant la vérité sur ce crime, en auscultant sa propre route, sa propre image, celle d’une petite fille aux cheveux courts s’impose, charriant une foule de questions à élucider : qui était vraiment sa sœur Denise ? Que représentait-elle à ses yeux ? Quelle place occupait-elle dans son cœur ? Qu’est-ce qui a bien pu produire l’éloignement et la rupture avec cette grande sœur adorée ?

Avec son talent et sa sensibilité, la romancière donne chair à la vieille dame que Denise était devenue, la faisant passer du statut de victime anonyme à celui de personnage central de sa propre vie, et d’héroïne de ce livre sépulture.

Les mots, les phrases d’Irène Frain font cheminer le lecteur dans cette redécouverte du passé, dans cet oubli, qui peu à peu s’effiloche et disparaît.

Une victoire sur le silence

Pas un mot de trop, pas d’erreur dans la progression. Froide et distanciée au début, l’écriture se fait de plus en plus sensible et intime au fur et à mesure qu’apparaissent les profondeurs d’une vie, ses secrets, ses douleurs, ses doutes, ses espoirs. Une vie se dessine, fortement liée à celle de la narratrice, qui passe du “elle” au “je” pour remonter le fil du temps, et éclairer ce qui, pour elle, demeurait dans l’ombre.

Le crime, toujours non élucidé, s’obstine à rester mystérieux, et seule la vie, formidable victoire sur le silence, en adoucit la violence. Le lecteur découvre que cette “victime sans importance” aux yeux de notre société mercantile, asphyxiée par les panneaux publicitaires à l’entrée des villes est en réalité un pilier fondateur dans la vie de la narratrice. Il comprend aussi, combien cette relation si particulière est une des clés de la vocation littéraire d’Irène Frain.

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Par Françoise Cariès. MagCentre.

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