143 rue du désert de Hassen Ferhani, ou le film documentaire d’une très bonne adresse !

143 rue du désert de Hassen Ferhani, ou le film documentaire d’une très bonne adresse !

Mag Centre - Publié le

Temps de lecture : 3 minutes

Ce film de Hassen Ferhani est un magnifique road-movie statique, plein de routiers, d’histoires et de l’âme d’une femme, Malika. Elle tient un café au bord d’une transsaharienne. 143 rue du désert tricote documentaire et fiction, dans un film d’une simplicité qui fait mouche par sa rigueur d’image et de montage. Du très grand cinéma ! 143 rue du désert de Hassen Ferhani, ou le film documentaire d’une très bonne adresse !

Nous sommes en Algérie

Sur la N1, cette transsaharienne mythique qui relie la côte méditerranéenne à l’Afrique noire, non loin d’El Menia, entre Ghardaïa et Ain Salah, il y a une petite cahute en dur qui sert du thé, des cafés et parfois des casse-croûtes. Elle est tenu par Malika, une femme robuste qui accueille les routiers. Peu bavarde, mais très perspicace. Son œil de lynx brille d’une intelligence montrant toute l’acuité de son regard sur le monde et sur les gens. Avec peu de mots, elle provoque des situations de complète vérité. Les routiers qui s’arrêtent chez elle sont accueillis, mais elle garde ses distances.

C’est le côté documentaire du film

Dans un cinéma dépouillé et très rigoureux, Hassen Ferhani saisit cette vie insolite au beau milieu du désert en plans fixes, avec des cadrages précis et travaillés. La fenêtre délimite une portion de désert, la porte un bout de route. C’est le regard de Malika, ce qu’elle voit elle même. Et lorsqu’elle est dans l’image, assise à sa table unique de bistrot, avec en fond le mur un peu défraîchi de son café et la toile cirée décolorée, elle devient reine de son propre royaume, tant l’image dépouillée est habitée. Peut-être remplie de la présence palpable de son âme. Car Ferhani fait bien plus que la filmer. Il arrive à saisir par la fixité des plans, par leur durée et par leur répétition tout ce qui ne passe pas par des mots. Tout ce qu’exprime cette femme, qui a vécu des choses difficiles dans ce pays difficile. On ne connaîtra pas vraiment son histoire, juste quelques bribes qu’elle raconte par-ci par-là aux routiers, et qui évoquent ces années de sang que l’Algérie a traversées il y a 25 ans.

143 rue du désert de Hassen Ferhani, ou le film documentaire d’une très bonne adresse !

Mais, il y a aussi un film de fiction

Hassen Ferhani a demandé à son ami, l’acteur-écrivain Chawki Amari, de venir « jouer » avec Malika une scène étonnante ou tous deux s’amusent comme des petits fous, de part et d’autre d’une fenêtre grillagée, qui devient la grille d’un parloir de prison. Scène à la fois hilarante, de cet humour algérien très présent dans le film, et évidemment très sensée. Et plus tard, dans le film, un routier auto-stoppeur lui lit le journal en attendant ses œufs et lui raconte ensuite la recherche de son frère qu’il n’arrive pas à trouver. Encore une allusion aux disparus des années noires. Mais, Malika écoute, et ne le croit pas. Elle le dira ensuite, une fois l’homme parti. Or, c’était un acteur, Samir El Hakim, venu jouer pour le film cette scène à l’insu de Malika, qui ne le savait pas. Magnifique interférence de documentaire et de fiction, donc !

La fin d’une époque

La station service en train de s’installer à côté et qui va ouvrir un restaurant, élément tristement réel du documentaire, sert aussi de repère. Son illumination électrique en fin de film, inscription de cet ailleurs immense et intemporel dans le monde d’aujourd’hui, est aussi le symbole de la fin d’une époque, sans ouvrir sur de nouvelles espérances. Malika survivra-t-elle dans ce nouveau monde ? On espère. Comme on espère voir d’autres films de ces jeunes et talentueux cinéastes algériens de la génération d’Hassen Ferhani.

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Par Bernard Cassat. MagCentre.

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