Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !
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Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 7 minutes

Le narcissisme est un facteur de réussite pour les artistes : plus gros est leur égo, plus ils feront carrière et auront de succès. Cette assertion est le résultat d’une étude réalisée par la Florida State University, et publiée par The European Journal of Finance en 2016. S’il y a un artiste qui est bien à l’opposé de cette affirmation, c’est Guy Marchand. Et c’est très probablement pour cela que celui qui disparaissait le vendredi 15 décembre 2023 à l’âge de 86 ans, nous a toujours été tellement sympathique. Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !

Une enfance parisienne

Né le 22 mai 1937 dans le 19e arrondissement de Paris, il grandit à Belleville. Issu d’une famille pauvre, un père ferrailleur et une mère au foyer, il vit une enfance heureuse : « Mes parents étaient des pauvres au milieu des misérables ! J’ai vécu dans la même pièce qu’eux jusqu’à l’âge de douze ans… Un petit lit au bout de leur grand lit. Une vie simple, mais mes parents m’adoraient. Alors, même si on mange le pain de la guerre, même si l’on regarde le voisin qui a un vélo et que nous, on n’en a pas, on s’en fout. À la maison, c’était harmonieux… J’ai un très bon souvenir de mon enfance et de ce quartier populaire. D’ailleurs, quand j’y retourne, mon enfance revient, mais pas avec agressivité, avec douceur… ».

Le hasard et la chance

Dès ses études secondaires au lycée Voltaire à Paris, les notions de chance et de hasard, qui vont l’accompagner toute sa vie, font déjà partie de son quotidien : « J’ai étudié au Lycée Voltaire, à Paris, près de la République. C’était le lycée des lumières, un lycée contestataire. J’y ai appris plein de choses. Bon, côté culture, c’était plutôt du bachotage… En science naturelle par exemple, dont le coefficient pour le bac était énorme, j’avais potassé deux choses : la cellule animale et la cellule végétale… Et vous savez ce qui est tombé le jour de l’examen ? Comparaison entre la cellule végétale et la cellule animale ! En physique, un sujet sur « les rayons cathodique » était sorti trois années de suite. Alors, que fallait-il que je fasse ? Que j’apprenne tout le programme alors que je n’avais pas été une seule fois en cours ? J’ai décidé de travailler ces fameux rayons cathodiques en me disant : ils vont être assez vicieux pour les ressortir une quatrième fois… Et j’ai gagné ! Et à l’oral… je descends du métro, en retard, je cours et, devant moi, une dame qui courrait aussi tombe par terre… Je ramasse ses affaires bien poliment. C’était en fait mon examinatrice en histoire/géo. Elle m’a demandé de lui parler de l’Italie du sud, je lui ai parlé de Milan, dans le Nord… Mais j’ai tout de même eu la moyenne ! Bref, j’ai eu le bac avec l’extrême indulgence du jury ! ».

Enfants jouant dans la rue. Belleville. Paris (XXème arr.), 1956. Photographie de Janine Niepce (1921-2007). (Guy Marchand scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).
Enfants jouant dans la rue. Belleville. Paris (XXème arr.), 1956. Photographie de Janine Niepce (1921-2007). (Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).

Une passion pour le jazz

C’est à cette époque qu’il commence à jouer de la clarinette dans les boîtes de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Lorsqu’on lui demande plus tard, pourquoi il n’a pas fait une carrière de musicien de jazz, il répond invariablement en racontant l’histoire de la grenouille : « Deux jeunes filles se promènent sur une plage quand l’une des deux entend une toute petite voix : « Au secours, au secours, au secours », elle s’arrête et voit une toute petite grenouille verte. Elle se penche vers elle et la petite grenouille répète : « Au secours, j’étais un musicien de jazz, j’ai fait une tournée en Afrique, j’ai dit va te faire enculer à un sorcier qui m’a jeté un sort, mais si une jeune fille m’embrasse, je redeviens un musicien de jazz ». La jeune fille prend alors la grenouille et la met dans sa poche. Son amie s’écrie alors : « mais pourquoi tu ne l’embrasse pas ». « Parce qu’on va se faire plus de fric avec une grenouille qui parle qu’avec un musicien de jazz » rétorque la première. »

Besame Mucho · Guy Marchand, Claude Bolling Band 1988. (Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).

Un éternel second rôle au cinéma

Au début des années 60, Il fait son service militaire comme élève officier de réserve à la base école des troupes aéroportées de Pau, et est affecté comme officier parachutiste. C’est à ce titre qu’il fait partie des conseillers techniques du film « Le Jour le plus long » et fait ainsi son entrée dans le monde du cinéma. 

Il va ainsi démarrer une carrière cinématographique, quasi exclusivement consacrée aux seconds rôles : « Boulevard du rhum » de Robert Enrico en 1970, « Une belle fille comme moi » de François Truffaut en 1972, « Loulou » de Maurice Pialat en 1979, « Garde à vue » de Claude Miller en 1981, « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier en 1981, « Conseil de famille » de Costa-Gavras en 1986, « Ripoux contre ripoux » de Claude Zidi en 1990, « Le Nouveau Monde » d’Alain Corneau en 1995, « Ma femme s’appelle Maurice » de Jean-Marie Poiré en 2002, « Passe-passe » de Tonie Marshall en 2008, « Calomnies » de Jean-Pierre Mocky en 2014, « Convoi exceptionnel » de Bertrand Blier en 2019, pour ne citer que ceux-là.

Guy Marchand et Bernadette Lafont dans "Une belle fille comme moi" de François Truffaut (1972). Photo Michel Ginfray/Sygma/Sygma via Getty Images. (Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).
Guy Marchand et Bernadette Lafont dans « Une belle fille comme moi » de François Truffaut (1972). Photo Michel Ginfray/Sygma/Sygma via Getty Images. (Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).

Ne surtout pas se prendre au sérieux

Une phrase de Jean-Claude Brialy résume à elle seule sa carrière cinématographique : « Chez Guy Marchand, il y a tout ce qu’il faut, mais c’est mal rangé » et ne se prenant toujours pas au sérieux, il va lui-même la qualifier de voyage : « Au cinéma comme ailleurs, il y a un sacré pourcentage de c… Mais ils sont moins dangereux ! Face à la caméra, nous sommes avant tout des « désennuilleurs ». Bien sûr, il y a ceux qui ont des messages… Mais pour moi, les messages, c’est l’affaire de La Poste ! Le cinéma, je m’y suis beaucoup ennuyé. C’est un métier méticuleux, il faut passer du temps… Mais il y a aussi quelques moments formidables, des rencontres : Michel Galabru, Michel Serrault, Philippe Noiret, Lino Ventura… Ou encore, lorsque l’on joue comme les enfants. Là, tout d’un coup, ce sont des moments magiques. Mais ils sont très très courts. Tout le reste, c’est de l’ennui en permanence ! Pour moi, le cinéma n’est pas une profession, c’est juste un voyage. À chaque film, c’est un petit voyage. Je ne suis pas un acteur, je suis un touriste ! »

Nestor Burma

Il faut noter, sa participation prémonitoire, au « Nestor Burma, détective de choc » de Jean-Luc Miesch avec Michel Serrault, en 1981 ; rôle qu’il interprètera dix ans plus tard, pour l’adaptation en série télévisée qui durera huit saisons jusqu’en 2003. Il dira à ce sujet : « Je vais vous faire une confidence : Nestor Burma, ce n’est pas un personnage, c’est moi ! En mourant, Léo Mallet m’a dit : « tu es mon Nestor Burma, tu es Nestor Burma ! ». J’ai une tendresse énorme pour ce personnage, j’ai tout mis de moi dedans, j’ai même utilisé dans les épisodes des répliques qui m’appartenaient, comme « depuis l’invention de la poudre, il n’y a plus d’hommes courageux » … Et Léo croyait à chaque fois que c’était lui qui les avait écrites ! Léo Mallet, c’était l’un des plus grands surréalistes de la littérature populaire. Et son œuvre est de ce fait presque impossible à adapter à l’écran. Galabru et Serrault ont joué Nestor Burma mais, malgré leur immense talent, ils ne se sont jamais effacés devant le personnage. »

Guy Marchand « Nestor Burma c’est moi » chez Mireille Dumas | INA Mireille Dumas. (Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).

Le plus crooner des acteurs français

Doté d’une jolie voix de crooner, il connait son premier succès commercial avec « La Passionata » en 1965. Grand amateur de tango, il interprétera « Moi Je Suis Tango (Libertango) » au côté d’Astor Piazzolla en 1975 et sera accompagné par le Claude Bolling Big Band en 1988 pour un album enregistré en public au Petit Journal Montparnasse.

Contrairement au cinéma, il accorde beaucoup plus de sérieux à la musique et à la chanson : « La chanson… Là, ce n’est pas la même chose : cela réclame plus de professionnalisme. Il faut chanter juste, savoir jouer de son instrument, enregistrer… Et là, c’est le plaisir non-stop ! Le métier de chanteur m’apporte du bonheur en permanence. »

Il tempère immédiatement son propos lorsqu’il s’agit de « Destinée« , son plus grand succès en tant que chanteur en 1982 : « J’ai toujours détesté cette chanson, pas parce qu’elle est mauvaise mais elle nous a été commandé à Cosma et à moi comme un gag. C’est tellement vexant de me retrouver avec des disques que j’ai travaillé comme un fou et qui n’ont absolument pas marché et des espèces de bêtises que j’ai faites qui sont devenues des tubes énormes. »

Guy Marchand interprète « Les tantes Jeanne », accompagné par l’orchestre de Raymond Lefèvre en 1966. (Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).

Écrivain sur le tard

Il publiera également quelques romans surréaliste et une autobiographie en 2007 « Le Guignol des Buttes-Chaumont » aux éditions Michel Lafon. En 2020, paraît « Né à Belleville » son dernier album, né d’une collaboration avec l’accordéoniste de jazz Ludovic Beier ; sorte de biographie musicale, intimiste et tendre à la fois, entre swing, jazz manouche et tango.

Il décède le vendredi 15 décembre 2023 à l’hôpital de Cavaillon dans le Vaucluse.

Guy Marchand – « Belleville » – Clip Officiel (Album « Né à Belleville » 2020). (Guy Marchand, alias Nestor Burma, scelle sa destinée et rejoint les étoiles !).

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Hakim Aoudia.

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