Buddy Bolden : la légende du jazz (1/2)
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Buddy Bolden : la légende du jazz (1/2)

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 4 minutes

Celui dont Louis Armstrong racontait qu’il était mort à force de souffler trop fort dans son cornet, est aujourd’hui considéré comme le premier musicien de jazz, alors qu’aucun enregistrement n’est parvenu jusqu’à nous.

Un véritable mythe

Un musicien ne peut être, à lui seul, l’inventeur d’un genre musical.

Le cornettiste Buddy Bolden (de son véritable nom Charles Joseph Bolden) est, pourtant, considéré comme le père fondateur d’une musique improvisée, nommée le Ragtime et qui deviendra, plus tard, le Jazz.

Tout art, implique l’improvisation, s’il ne veut pas être, la banale répétition de normes établies.

À cet égard, le Jazz, peut être considéré comme l’art de l’improvisation par excellence, et la légende de Buddy Bolden en est une parfaite illustration.

J’utilise le terme légende, à dessein, car l’absence d’éléments concrets, permettant de retracer la vie de ce musicien mythique, alliée à l’absence d’enregistrements sonores, entraîne inévitablement, la difficulté d’établir sa biographie, et oblige, quasiment, à l’improviser.

Eloignons-nous, donc, quelque peu de la légende et tentons, plutôt, de déterminer l’environnement, le milieu, le contexte qui l’a vu naître et se développer.

Un creuset culturel

Buddy Bolden naît le 6 septembre 1877 à La Nouvelle-Orléans.

Il faut ici noter l’histoire, à la fois riche et complexe de la Louisiane : Française jusqu’à la fin du 16e siècle, puis Espagnole, redevenue Française en 1800, vendue par Napoléon aux États-Unis en 1803 et devenant le 18e état américain le 30 avril 1812.

Les historiens estiment, à plus de dix mille, le nombre de Français exilés en Louisiane, après la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815.

Ils rejoignent, les Cadiens (cajuns) ; descendants, assimilés depuis deux générations, des Acadiens et les créoles, blancs et de couleur, arrivés des colonies françaises, à la suite des révoltes caribéennes qui suivirent la Révolution Française.

À cela, s’ajoute les Allemands, Hollandais, Irlandais et Italiens qui, fuyant leur patrie pour diverses raisons, choisirent la région, réputé plus européenne, pour tenter l’aventure américaine.

Très vite, une atmosphère de défiance s’installe, parfaitement décrite par Harnett T. Kane, auteur de Plantation Parade, The Grand Manner in Louisiana : « Pour les Américains, le créole était indolent et hautain ; il s’accordait un café plutôt que tenir ses livres de comptes ; il riait pour des choses qui ne font rire personne et jouait du piano le dimanche. Aux yeux des créoles, l’Américain était extraordinairement calculateur ; ignorant des goûts civilisés, il faisait difficilement la différence entre un bon vin et un mauvais. Le conservateur créole n’apprendrait jamais le jargon, qui n’avait rien de musical, du Yankee… »

La cohabitation des créoles et des Américains générant de plus en plus de conflits ; les hommes se battant en duel à la moindre offense, notamment à la Nouvelle-Orléans, on décida de séparer les communautés, en les faisant occuper des quartiers distincts : d’où la partition de la ville en trois municipalités, chacune ayant son conseil, son officier d’état civil, sa police et le droit de fixer et percevoir les impôts locaux.

La fracture est également culturelle : les créoles, bien qu’imprégnés de féodalisme et d’aristocratie, aiment faire la fête, tandis que les Américains, qui viennent de se révolter contre l’aristocratie britannique, sont dominés par l’esprit puritain.

Mais, les relations raciales, représentent le principal antagonisme, séparant les deux communautés : pour les Américains, la différence se faisant entre noirs et blancs, alors que du côté créole, elle se faisait entre riches et pauvres.

On pouvait, donc, être riche et noir (certains noirs avaient même des esclaves), dans le quartier créole ; certains commerces étant même tenus par des femmes de couleur, chose impensable de l’autre côté de la ville.

La naissance du jazz

Toutefois, la principale caractéristique de La Nouvelle-Orléans, reste l’omniprésence de la musique.

Dans Histoire de la musique noire américaine, la musicologue Eileen Southern atteste : « Au début du XIX siècle, La Nouvelle-Orléans était sans conteste la ville d’Amérique où la musique était reine. Parfois même, trois troupes d’opéra s’y produisaient en même temps. Pièces, concerts, bals, défilés en musique dans les rues se succédaient, et on appréciait surtout le carnaval annuel pour le Mardi gras. »

S’il est impossible de donner une date et un lieu exact à la naissance du Jazz, on peut souscrire à l’affirmation du journaliste et musicien, James Lincoln Collier, dans l’Aventure du jazz : « La musique de jazz est bien née à La Nouvelle-Orléans et dans les environs de cette ville, et la musique de jazz s’est répandue, pas toujours par les bateaux à aubes, dans le reste des États-Unis. »

C’est là, que vont se mélanger musiques européennes et africaines : complaintes des esclaves, hymnes religieux des noirs, Blues, ragtime, fanfares aux sonorités cuivrées qui animaient les parades de Mardi gras et accompagnaient les enterrements, airs de danse européens : marches, quadrilles, valses et polkas.

Mais, s’il est né autour de La Nouvelle-Orléans, le Jazz a prospéré dans le quartier de Storyville.

Ce quartier est créé à la fin de l’année 1890, par la municipalité, dans le but de surveiller et contrôler la prostitution : celle-ci allant même jusqu’à publier un texte d’ordonnance, ne légalisant pas la prostitution explicitement à l’intérieur des limites fixées, mais l’interdisant à l’extérieur de ces limites.

Toutes sortes d’établissements s’y installent : du vulgaire hôtel de passe à la luxueuse maison de tolérance.

Ceux-ci, entraînent dans leur sillage, l’apparition de bars, saloons, maisons de jeu, restaurants, lupanars et boîtes de nuit ; recrutant à leur tour, des musiciens pour créer une ambiance festive et divertir leurs clients.

On éditera même, début 1900, un véritable guide de tourisme sexuel : le Blue Book, qui sera vendu 25 cents et recensera toutes les prostituées du quartier, par ordre alphabétique, avec leur adresse et une indication sur leur race. Les maisons closes les plus renommées y seront présentées avec des photos et des indications sur leurs tenancières et les services particuliers proposés à la clientèle. Des marques nationales de tabacs et alcools, voire même, des restaurants, sociétés de taxi et avocats y passeront des annonces publicitaires.

La réputation du Jazz naissant est telle, qu’elle fait écrire à un journaliste dans le Times-Picayune, premier quotidien de La Nouvelle-Orléans, en 1918 : « Les airs de jazz sont la manifestation des goûts humains les plus bas. Sur certaines natures, ce vacarme dépourvu de sens a un effet excitant, voire intoxiquant, comme les couleurs crues, les parfums violents et le plaisir sadique de la vue du sang et de la chair. Pour ceux-là, la musique de jazz est un délice ; elle leur procure une volupté sensuelle, plus intense et bien différente de la langueur d’une valse viennoise. »

Hakim Aoudia.

Notre note
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Commentaires

1
Jorge

Bravo pour cette article. Aujourd'hui le jazz est une musique "élitiste" mais elle n'a jamais été aussi ouverte sur les autres styles et univers. A quand la prochaine révolution musicale?

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