Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !
Vermeer, La Fabrique de la Gloire Vermeer (livres) Mauritshuis Rijksmuseum

Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

Surnommé le Sphinx de Delft et considéré comme le maître de la peinture intimiste du XVIIe siècle, Johannes Vermeer demeure, de par sa singularité, un grand maître des énigmes. Avec Vermeer, La Fabrique de la Gloire, de Jan Blanc aux éditions Citadelles & Mazenod, notre meilleur livre de la semaine, on découvre un artiste qui a consciemment construit sa carrière autour de son rapport obsessionnel à la notoriété.

Un contexte particulier

Dès la fin du XVIe siècle, les Pays-Bas entrent dans une période de bouleversements religieux et politiques, à la suite de la Réforme protestante qui s’amorce dans le nord de l’Europe. Influencé par les préceptes de Jean Calvin, le pays s’oppose à la corruption et aux abus de pouvoir de l’Église catholique

Dès lors, cette évolution religieuse s’érige en évolution politique. Au point que les princes commencent à affirmer leur indépendance face à la papauté, tandis qu’une nouvelle bourgeoisie s’érige en classe sociale dominante.

Ainsi, se mettent en place les conditions possibles d’ un renouveau artistique, dans lequel vont s’engouffrer bon nombre d’artistes, dont Vermeer fera partie.

Voilà comment naît la peinture de genre, au tout début du XVIIe siècle, avec comme principal déterminant ; sa faculté à se détourner de la représentation religieuse pour peindre des objets de la vie quotidienne.

Johannes Vermeer : La laitière (1660). (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Rijksmuseum.
Johannes Vermeer : La laitière (1660). (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Rijksmuseum.

Le Sphinx de Delft

Johannes Van der Meer, dit Vermeer, naît le 31 octobre 1632 à Delft aux Pays-Bas.

Reconnu à son époque comme un artiste avant-gardiste, il semble avoir été le protégé de riches commanditaires. Ainsi, il réalisera l’essentiel de sa carrière à Delft, une cité rattachée à la puissante maison d’Orange-Nassau.

De plus, avec à peine une quarantaines de toiles réalisées et peu d’éléments biographiques, il tombe très vite dans l’oubli après sa mort le 15 décembre 1675, toujours à Delft.

Ce n’est que deux siècles plus tard qu’on le redécouvre, à l’occasion d’une série d’articles publiés en 1866, que lui consacre le critique d’art et journaliste français Étienne-Joseph-Théophile Thoré, dit William Bürger, dans la Gazette des beaux-arts.

Ajoutons à cela les hommages que lui rendent Eugène Fromentin et les peintres impressionniste, puis Marcel Proust dont il devient le peintre préféré : « Depuis que j’ai vu au musée de la Haye la Vue de Delft, j’ai su que j’avais vu le plus beau tableau du monde. Dans Du côté de chez Swann, je n’ai pas pu m’empêcher de faire travailler Swann à une étude sur Vermeer. »

Johannes Vermeer : Vue de Delft (1659-1660). (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Mauritshuis.
Johannes Vermeer : Vue de Delft (1659-1660). (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Mauritshuis.

Le mystère de la chambre noire

La chambre noire, « camera obscura », est un instrument optique objectif qui permet d’obtenir une projection de la lumière sur une surface plane, soit une vue en deux dimensions très proche de la vision humaine.

La théorie selon laquelle Vermeer aurait utilisé ce procédé pour peindre une partie de son œuvre a été exposée pour la première fois en 1891 par le lithographe américain James Pennell.

L’œil photographique

Depuis, cette théorie a été reprise par de nombreux historiens de l’art, dont Jan Blanc, auteur du beau livre qui nous intéresse. Ce dernier, qui est l’un des meilleurs spécialistes actuels du peintre affirme : « Vermeer est un des peintres qui a le plus et le mieux construit l’œil photographique avant même que la photographie n’ait été inventée. » Il ajoute : « Sur la base d’une composition très simple, par l’ellipse et l’économie des moyens, Vermeer parvient à instaurer une relation fictive entre son sujet et celui qui le regarde. »

Johannes Vermeer : Le verre de vin (1658-1660). (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Mauritshuis.
Johannes Vermeer : Le verre de vin (1658-1660). (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Mauritshuis.

L’ambition de fabriquer sa propre gloire

Jan Blanc défend également une autre thèse : celle d’un artiste obnubilé par sa propre réussite. Ainsi, Vermeer aurait choisi de produire peu d’œuvres : une soixantaine, dont un peu plus d’une trentaine nous sont parvenus. Mais s’est également efforcé de rendre ses toiles plus désirables. Jan Blanc cite son œuvre la plus emblématique, La Jeune Fille à la Perle, et affirme : « Chaque élément de ce tableau a été pensé pour plaire. Le regard plein de désir, la position du visage, la bouche entrouverte, la langue qui se devine, l’humidité des lèvres véhiculent toute une imagerie érotique qui saute aux yeux immédiatement aujourd’hui encore. S’y ajoute un effet ‘ bougé’ qui donne l’impression que la scène a été saisie sur le vif comme si le spectateur n’avait pu jeter qu’un regard fugitif sur cette jeune femme qui semble directement s’adresser à lui. »

La Jeune Fille à la perle : Johannes Vermeer vers 1665. (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Mauritshuis.
Johannes Vermeer : La Jeune Fille à la perle, vers 1665. (Meilleur livre de la semaine : Vermeer de Jan Blanc !). Crédit photo Mauritshuis.

Un beau livre d’exception

Voici un ouvrage captivant qui vous fait découvrir la véritable essence de l’un des plus grands peintres du Siècle d’or hollandais. Contrairement aux idées reçues, Vermeer ne se résume pas à l’image d’un artiste génial isolé ou d’un précurseur de l’art moderne. En s’appuyant sur les dernières recherches et en comparant ses pratiques avec celles de ses contemporains, ce livre révèle comment Vermeer a consciemment construit sa carrière autour de l’ambition de créer sa propre renommée artistique. L’auteur, Jan Blanc, analyse avec précision trente-sept tableaux authentifiés de Vermeer, dont les célèbres La Jeune Fille à la Perle et La Laitière, ainsi que des œuvres moins connues telles que La Jeune Femme au chapeau rouge.

Plongez dans l’univers fascinant de Vermeer et découvrez les secrets de son parcours artistique exceptionnel.

Pour aller plus loin

Vous pouvez voir les œuvres les plus célèbres de Vermeer à la Mauritshuis à La Haye et au Rijksmuseum à Amsterdam.

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Hakim Aoudia.

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Peindre « d’une façon hiéroglyphique » – L’art de l’énigme chez Johannes Vermeer – Jan Blanc

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