Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !
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Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !

Hakim Aoudia - Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

Pianiste du second « Hot Five » de Louis Armstrong dans les années 1920, puis chef d’orchestre de son propre « big band » durant l’ère swing, il embauche Charlie Parker et Dizzy Gillespie dans les années 1940, après avoir révolutionné le langage du piano jazz moderne. À l’occasion du 120e anniversaire de sa naissance, rendons hommage à Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !

Un enfant de la balle

Earl Kenneth Hines (surnommé plus tard « Fatha« , de l’anglais father (père), en référence à son immense influence sur le piano jazz) naît le 28 décembre 1903 à Duquesne, près de Pittsburgh, en Pennsylvanie, dans une famille de musiciens. En effet, son père joue du cornet au sein de l' »Eureka Brass Band« , sa mère de l’orgue à l’église, tandis que son frère et sa sœur sont respectivement pianiste et organiste. Très jeune, il étudie la trompette. Cependant, l’instrument ne lui convenant pas, il se consacre au piano dès l’âge de 9 ans. Ainsi, sa mère lui donne quelques cours et très vite germe l’idée d’en faire un concertiste. Il est tellement doué que son premier professeur aurait déclaré, au bout de quelques séances : « Je n’ai plus rien à lui apprendre !« . Dès lors, il se tourne vers un maître allemand qui l’initie à la méthode « Czerny« .

Duquesne près de Pittsburgh autour de 1900
Duquesne autour de 1900. (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

Une carrière précoce

Étudiant à la Schenley High School de Pittsburgh, Earl Hines démarre une carrière de musicien professionnel dès l’âge de 13 ans. Ainsi, il participe à l’enregistrement du premier orchestre noir sur la station de radio K.D.K.A., accompagnant le célèbre chanteur Loïs Deppe, en 1921. À l’époque, il profite des conseils éclairés de deux pianistes locaux, Jim Fellman et Johnny Watters, qu’il soudoie à coup de tabac à chiquer, de cigarettes, de bière et de gin.

En 1922, il s’installe à Chicago et se confronte aux meilleurs pianistes de l’époque. Notamment Jelly Roll Morton et Teddy Weatherford, qu’il côtoie à l' »Elite » ou à l' »Entertainer’s Cafe« . C’est ainsi qu’en 1925, il est engagé dans la formation du chef d’orchestre, Carroll Dickerson, avec un certain Louis Armstrong.

Earl Hines dans les années 1920
Earl Hines dans les années 1920. (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

le second « Hot Five » de Louis Armstrong

Earl Hines intègre le second « Hot Five » de Louis Armstrong en 1927. Les deux musiciens vont enregistrer le premier duo trompette-piano de l’histoire du jazz, avec « Weather Bird« . Ils vont également graver certaines des plus belles faces du jazz, dialoguant et improvisant en écoute et en liberté. Earl Hines va également s’attaquer au solo de piano, d’une manière extrêmement originale ; transposant sur son clavier, le jeu à la trompette de Louis Armstrong

Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter « West End Blues« , « Fireworks« , « A Monday Date« , « Tight Like This« , « Basin Street Blues » ou « Skip The Gutter« .

Weather Bird : Earl Hines & Louis Armstrong (1928). (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

Le piano-trumpet style

C’est également à cette époque qu’Earl Hines imagine son fameux « Trumpet style« , libérant le piano de son rôle limité d’instrument rythmique. Ainsi, il introduit des accords, des improvisations et autres dissonances, inspirées du jeu de trompette de son partenaire, qui vont venir altérer les motifs réguliers joués par la basse et la batterie. Il l’explique lui-même de la façon suivante : « Mon père était cornettiste et je voulais jouer de cet instrument quand j’étais jeune. Mais l’instrument me donnait mal aux oreilles, alors j’ai appris le piano. J’ai donc appris le piano à la place. Et j’ai commencé à jouer au piano ce que je voulais jouer au cornet.« 

Comme Coleman Hawkins pour le saxophone ténor, il établit un nouveau rapport avec son instrument. Ainsi, il affranchit la section rythmique de son rôle sclérosé classique et offre une plus grande liberté à chaque instrument, pour une plus grande richesse de l’ensemble.

Riff Medley : Earl Hines And His Orchestra (1939). (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

Un chef d’orchestre

En 1928, les propriétaires du « Grand Terrace Cafe« , conquis par ses enregistrements solos piano, lui demandent s’il dispose d’un orchestre. Il répond : « Oui » et avoue : « En fait, je n’en avais pas. Mais j’avais des amis qui venaient jouer chez moi. Comme nous avions de la chance, et une trentaine de morceaux dans la tête, nous décrochâmes un contrat d’un an.« 

Avec l’avènement de l’ère des « big bands« , l’orchestre d’Earl Hines fut, de 1928 à 1947, l’un des rares à pouvoir soutenir la comparaison avec ceux de New York. Comme l’explique si bien Claude Bolling : « La section rythmique, les arrangements, la solidité des ensembles, la valeur de certains solistes et le balancement insufflé par le chef, tout contribue à faire de l’orchestre d’Earl Hines l’un des meilleurs de l’époque.« 

Margie : Earl Hines And His Orchestra (1946). (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

Éclipse et renouveau

En 1947, avec l’avènement du « bebop« , les grands orchestres ne sont plus à la mode et Earl Hines se résout à dissoudre le sien. Ainsi, il rejoint son ancien compagnon, Louis Armstrong, qui brille à nouveau à la tête de son « All Stars« , retrouvant notamment le clarinettiste Barney Bigard et le tromboniste Jack Teagarden. Cette association dure jusqu’en 1951, le temps de deux tournée en Europe. Puis il finit par former un petit orchestre et s’installe à San Francisco.

You Can Depend on Me (1951) · Earl Hines. (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

En 1958, de retour en Europe pour une tournée, Boris Vian en profite pour l’inviter à venir enregistrer une quinzaine de titres à Paris. Ainsi et dès le début des années 1960, Earl Hines connait une renaissance à la fois en concerts et en studio, avec différentes formations : en trio, en petits groupes ou en orchestre. Pour illustrer mon propos, je vous conseille d’écouter son album de 1966, « Once Upon A Time« .

Once Upon A Time : Earl Hines (1966). (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

Influence et postérité

Celui que le clarinettiste Mezz Mezzrow qualifiait ainsi : « Son toucher est si inimitable, son sens de l’harmonie si sûr et ses renversements d’accords si fournis qu’on ne pourrait glisser une feuille de papier à cigarettes entre les notes qu’il joue.« , reste le père du piano jazz moderne. Un des premiers musiciens de jazz à traiter son piano comme un instrument de solos, ouvrant la voie à toute une génération de pianistes tels que Teddy Wilson, Nat King Cole, Art Tatum, Bud Powell et bien d’autres.

Earl Fatha Hines Trio (February 15, 1963) – Jazz Casual. (Earl « Fatha » Hines : père du piano jazz moderne !).

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne écoute.

Hakim Aoudia.

Notre note
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Earl Hines documentary 1975

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